Les Misérables (2026) de Fred Cavayé
Enième adaptation du célèbre roman "Les Misérables" (1862) de Victor Hugo depuis le court métrage "L'Enfant sur le Barricade" (1906) de Alice Guy et dont on peut citer les versions les plus réussies avec "Les Misérables" (1934) de Raymond Bernard, (1958) de Jean-Paul Le Chanois ou (1982) de Robert Hossein sans compter la version musicale hollywoodienne "Les Misérables" (2012) de Tom Hooper ou, coïncidence (?!) du très récent et plus singulier "Jean Valjean" (2025) de Eric Besnard. Ce nouveau projet aurait pris forme lors du confinement du Covid alors que le tournage du film "Adieu Monsieur Haffmann" (2021) est interrompu, le cinéaste Fred Cavayé a alors relu le roman : "Pour moi, ce roman est la quintessence de l'oeuvre populaire. J'ai perçu dans ce texte appartenant au patrimoine français la possibilité d'un film semblable à ceux qui ont bercé mon enfance. Des films épiques, romanesques." Son producteur Richard Grandpierre le soutient aussitôt et le réalisateur-scénariste, qui a commencé par le film d'action et qui a depuis viré plutôt vers la comédie avec par exemple "Radin !" (2016) ou "Les Chèvres !" (2024), revient donc à un genre plus sérieux. Fred Cavayé avoue avoir eu les coudées franches ("Jamais je ne me suis senti aussi libre..."), qu'il a voulu rester le plus fidèle possible au matériau d'origine tout en voulant aborder des passages du roman trop rares dans les précédentes versions : "J'avais en tête l'envie d'écrire un film choral et de faire naître des séquences qui n'existaient pas encore dans les adaptations, tout en restant fidèle à l'histoire initiale." Le réalisateur-scénariste précise aussi s'être inspiré de quelques westerns modernes comme "Open Range" (2003) de et avec Kevin Costner : "J'y ai puisé le sens du romanesque et des trajectoires initiatiques déployées avec une forme d'âpreté qui m'intéressait pour raconter cette histoire aujourd'hui." La production est doté d'un budget de près de 34 millions d'euros, soit le film français le plus cher de 2026 après le dyptique "La Bataille de Gaulle" (2026) de Antonin Baudry et ses 75 millions pour les deux films... Libéré après 19 ans de bagne pour le vol d'un pain, Jean Valjean décide de changer de vie et de faire le bien autour de lui. Sous une fausse identité, il devient avec le temps un notable respecté de tous. Venant en aide à Fantine, une ouvrière mourante, il promet de sauver sa fille, Cosette, des griffes des Thénardier, un couple de tenancier. Mais le passé le rattrape, l'inspecteur Javert le traque sans relâche ne croyant à pas à la rédemption d'un ancien bagnard. Les années passent et bientôt Paris se prépare à une nouvelle Révolution...
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Succédant à Harry Baur, Jean Gabin, Lino Ventura ou Grégory Gadebois l'ancien bagnard Jean Valjean est incarné par Vincent Lindon qui retrouve Fred Cavayé après "Pour Elle" (2008) et "Mea Culpa" (2014) et vu plus récemment dans "Le Choix" (2024) de Gilles Bourdos et "Coutures" (2026) de Alice Winocour. L'inpecteur Javert est interprété par Tahar Rahim vu dernièrement dans "Madame Web" (2024) de S.J. Clarkson, "Monsieur Aznavour" (2024) de Grand Corps Malade et Mehdi Idir et "Alpha" (2025) de Julia Ducournau. Cosette adulte est jouée par Megan Northam remarquée dans "Rabia" (2024) de Mareike Engelhart ou "L'Etrangère" (2026) de Gaya Jiji, tandis que Fantine est incarnée par Noémie Merlant vue dans "Emmanuelle" (2024) de Audrey Diwan ou "Eleonora Duse" (2025) de Pietro Marcello et retrouve après "Curiosa" (2019) de Lou Jeunet son partenaire, alias Thénardier, Benjamin Lavernhe vu dans "Le Mélange des Genres" (2025) de Michel Leclec ou "De la Comédie Française" (2026) de Martin Darondeau et Bertrand Usclat, tandis que son épouse est jouée par Camille Cottin vue dans "Les Enfants vont Bien" (2025) de Nathan Ambrosioni et "Juste une Illusion" (2026) du duo Nakache-Toledano après lequel elle retrouve Giorgia Snicorni qui retrouve elle-même après "Jupiter" (2026) de Alexandre Smia l'acteur Frédéric Pierrot vu dans "Furcy Né Libre" (2025) de Abd Al malik et "Dalloway" (2025) de Yann Gozlan, Giorgia Snicorni retrouve aussi après "Les Rayons et les Ombres" (2026) de Xavier Giannoli l'acteur Vincent Colombe qui retrouve respectivement Noémie Merlant après "Lee Miller" (2023) de Ellen Kuras, puis Benjamin Lavernhe après "Jeanne Du barry" (2023) de et avec Maïwenn. Citons ensuite Marie Colomb vue dans "As Bestas" (2022) de Rodrigo Sorogoyen, "La Voie Royale" (2023) de Frédéric Mermourd ou "Tout va Super" (2026) de Patrick Cassir, Vassili Schneider vu dans "Le Vourdalak" (2023) de Adrien Beau, "Le Comte de Monte Cristo" (2024) du duo Delaporte-de La Patellière ou "La Venue de l'Avenir" (2025) de Cédric Klapisch et retrouve Camille Cottin après "Ni Chaînes Ni maîtres" (2024) de Simon Moutaïrou, Frans Boyer qui retrouve Fred Cavayé après "A Bout Portant" (2010) et "Adieu Monsieur Haffmann" (2021) et vu récemment dans "La Bataille de Gaulle : J'écris ton Nom" (2026) de Antonin Baudry, puis enfin Léonard Signoret (Gavroche) aperçu dans "Le Trésor du Petit Nicolas" (2021) de Julien Rappeneau ou "Maison de Retraite 2" (2023) de Claude Zidi Jr. ou plus récemment dans la série Tv "La Colo" (2025-2026)... D'abord, on va noter une incohérence chronologique. Dans les faits, Valjean sort de 19 ans de bagne en 1815, et le récit se termine peu d'année après l'insurrection de 1832 (qui n'est pas une révolution !). Dans le film alors que Valjean est devenu M. Madeleine (on est environ en 1818) un policier dit à Javert qu'il connaît le maire depuis vingt ans ce qui est impossible. Une petite erreur. Le film dure moins environ 2h50, ce qui est plutôt juste, les meilleures adaptations durent au moins trois heures, ce qui est normal pour une oeuvre aussi dense et riche. Comme toutes les adaptations le réalisateur doit faire des choix narratifs, il y a forcément des coupes, des omissions, des choix plus ou moins justifiés. Pour les plus embêtants ou décevants ce sont des personnages occultés comme le père Fauchelevent, ou sous-exploités comme Enjolras, et quelques facilités nécessaires par exemple quant au destin des membres de la famille Thénardier.
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Par contre, pour le plus judicieux, ce sont les choix d'aborder des parties souvent absentes des précédents films comme l'expérience de Waterloo des Thénardier ou le passé traumatique de Javert qui apporte un regard nouveau sur ce personnage central. La question psychologique est essentielle sur ce film, bien plus que dans la plupart des autres films, outre Javert on pense aussi au lien sentimental au sein des Thénardier. Ainsi, sur le critère des personnages le film offre un autre regard sur le prisme humain et c'est bienvenu. Par contre, sur la reconstitution d'époque on oscille constamment entre les séquences réussies, crédibles et des passages plus discutables soit à cause d'images numériques pas toujours probantes ou par un visuel qui paraît trop propres, effet "sale trop propre" ; la pauvreté s'avère un peu trop sage, trop nette. A contrario, la bataille de la barricade est sans doute trop démonstrative, comme si la révolution se tenait à un seul endroit alors qu'il s'agit d'une insurrection (nuance) qui se déroulait à plusieurs endroits. Le travail sur les décors est ainsi trop sage, ça manque de crasse tout simplement. Néanmoins, le matériau d'origine est une valeur sûre, l'universalité du roman emporte tout et l'essentiel est bien là même si on aurait aimé plus de passion, plus épique, et plus d'émotion. Un atout de taille finit par nous convaincre, le casting, merveilleusement composé, notamment le couple Thénardier physiquement si authentique, tandis que Javert est incarné de façon remarquable avec les nuances imperceptibles d'un visages qui paraît impassible. Un bon moment, un bon film qui a le mérite de se démarquer judicieusement.
Note :
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