Les Insurgés (1949) de John Huston

par Selenie  -  12 Octobre 2026, 08:25  -  #Critiques de films

Celui qui signa le premier Film Noir de l'histoire du cinéma avec "Le Faucon Maltais" (1941), John Huston connaît un nouveau succès avec "Le Trésor de la Sierra Madre" (1948) quand il se lance dans un nouveau projet au propos particulièrement politique à une période alors dangereuse aux Etats-Unis et notamment à Hollywood. Le cinéaste commence d'abord par quitter la Warner pour éviter d'avoir à rendre des compte aux Majors et à leur toute puissance. Il signe avec un producteur indépendant, Sam Spiegel, connu pour avoir produit "Le Criminel" (1946) de et avec Orson Welles, mais qui cette fois a fondé sa propre société en 1947 et qui va connaître un succès colossal plus tard avec entre autre "Sur les Quais" (1954) de Elia Kazan, "Le Pont de la Rivière Kwaï" (1957) et "Lawrence d'Arabie" (1962) tous deux de David Lean. Pour cette histoire qui se déroule sous la dictature de Gerardo Machado y Moreles (Tout savoir ICI !), John Huston choisit d'adapter un segment du roman "Rough Sketch" intitulé "We Were Strangers" (1948) de Robert Sylvester. Réalisateur-scénariste John Huston co-écrit son scénario avec Peter Viertel qui a écrit auparavant "Cinquième Colonne" (1942) de Alfred Hitchcock et retrouvera son réalisateur après "African Queen" (1951) mais aussi plus tard plus indirectement en adaptant son propre roman sur l'histoire de ce tournage pour "Chasseur Blanc, Coeur Noir" (1990) de et avec Clint Eastwood. Une grande partie du film est tourné à Cuba, car alors même qu'à Hollywood la chasse aux sorclères anti-communiste du Maccarthysme (en savoir plus ICI !) bat son plein, John Huston fuit les Majors pour tenter de sauvegarder son indépendance, et pour pouvoir assumer son film qui dénonce justement l'oppression et l'autoritarisme et appelle à la Résistance. D'ailleurs, le film débute avec un encart "Resistance of tyrants is obedience to God" (1876) de Thomas Jefferson, qui signifie donc "Résister aux tyrans c'est obéir à Dieu", et tandis que le rôle de Fenner devait échoir à la star Gene Kelly, c'est finalement John Garfield qui est choisit, acteur connu pour son courage politique et qui va devenir une cible de la fameuse commission anti-communiste jusqu'à sa mort en 1952. Le film sort alors en pleine période sombre, il reçoit des accueils très contradictoires (les uns dénonce un film communiste, d'autres qu'il est un pamphlet capitaliste !) mais profite aussi un peu du succès aux Oscars de Huston de son film "Le Trésor de la Sierra Madre" (1948)... 

1933, Cuba est sous tension, les voix commencent à s'élever contre le dictateur Gerardo Machado y Morales. China Valdez rejoint la Résistance après que son frère ait été tué par Ariete le chef de la police secrète. Elle fait la connaissance de Tony Fenner, un américain expatrié qui va lui aussi participer à la révolution. Ils vont former un groupe qui va planifier un plan baser sur un tunnel à creuser sous le cimetière jusqu'à l'appartement officiel de Ariete... China Valdez est incarnée par Jennifer Jones alors au sommet de sa gloire après "Duel au Soleil" (1946) de King Vidor, "La Folle Ingénue" (1946) de Ernst Lubitsch ou "Madame Bovary" (1949) de Vincente Minnelli. L'américain est joué par John Garfield vu dans "Le Vaisseau Fantôme" (1941), de Michael Curtiz, "Sang et Or" (1947) de Robert Rossen ou "Le Mur Invisible" (1947) de Elia Kazan et retrouve après "Juarez" (1939) de William Dieterle son partenaire Gilbert Roland vu dans "L'Aigle des Mers" (1940) de Michael Curtiz ou "Le Cpaitaine Kidd" (1945) de Rowland V. Lee et retrouvera juste après dans "Cas de Conscience" (1950) de Richard Brooks l'acteur Ramon Novarro qui débuta avec "Jeanne d'Arc" (1916) ou "Les Conquérants" (1917) tous deux de Cecil B. De Mille, ainsi que l'acteur Alex Montoya surtout connu plus tard pour "Fort Bravo" (1953) et "Les Sept Mercenaires" (1960) tous deux de John Sturges. Citons ensuite Pedro Armendariz vu dans "Dieu est Mort" (1947), "Le Fils du Désert" (1948) et "Le Massacre de Fort-Apache" (1948) tous de John Ford, Mimi Aguglia apparue dans "Le Banni" (1943) de Howard Hugues ou "Ville Haute, Ville Basse" (1949) de Mervyn LeRoy et retrouve après "Escale à Hollywood" (1945) de George Sidney l'acteur Wally Cassell vu la même année dans "L'Enfer est à Lui" (1949) de Raoul Walsh et "Iwo Jima" (1949) de Allan Dwan, il retrouve John Garfield après "Le Facteur sonne toujours Deux Fois" (1946) de Tay Garnett, et retrouve aussi après "Jeanne d'Arc" (1948) de Victor Fleming son partenaire David Bond qui retrouvera John Huston dans "Quand la Ville Dort" (1950), Morris Ankrum surtout remarqué plus tard dans "Bronco Apache" (1954) et "Vera Cruz" (1955) tous deux de Robert Aldrich, Lelia Goldoni vue cette même année dans "La Maison des Etrangers" (1949) de J.L. Mankiewicz, puis enfin Leonard Strong vu entre autre dans "Quand la Marabunta gronde" (1954) de Byron Haskin ou "Les Fuyards du Zahrain" (1962) de Ronald Neame... La première scène impose une chape de plombs directe, un parlement, une loi, et un processus qui impose la dictature ambiante avec une justice unilatérale (qui fait aussi écho en France aujourd'hui !). Mais ce prologue n'est qu'un pied à l'étrier, l'attentat qui semble gratuit au début est ce qui va éveiller soudainement l'idéologie jusque là dormante de China/Jones qui plonge aussitôt dans la lutte armée et clandestine.

On rejoint d'emblée l'avis de John Huston lui-même, qui était déçu par son film et notamment parce qu'il regrettait le choix de Jennifer Jones, non pas pour son talent, mais parce qu'elle ne faisait pas assez cubaine. Par là même, on a bien du mal à identifier Cuba, ni dans les décors ni dans le folklore ou les costumes alors même qu'une bonne partie a pourtant été tourné à La Havane. En fait le réalisateur se focalise trop sur ses personnages, beaucoup de gros plans ou des plans serrés qui ne permettent pas les plans larges et de contextualiser le récit. Par là même, on a l'impression que tout se joue dans une sphère privilégiée, avec des hommes en costard chic et femme en tailleur classe. En fait le propos est tout et vampirise toute nuance, ainsi le récit est très manichéen, les protagonistes très clichés, on sent que le cinéaste s'est laissé allé à un simple message un peu trop solennel de courage contre l'oppression un peu simpliste. Visuellement le réalisateur, heureusement, offre de superbes séquences en clair-obscur, jouant avec les ombres et les éclats de lumière. Ca reste une petite déception qui ne vaut que dans sa vision contextuel américaine de 1949. Note indulgente.

 

Note :                 

13/20
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