La Bataille de Gaulle : l'Âge de Fer (2026) de Antonin Baudry

par Selenie  -  5 Juin 2026, 11:13  -  #Critiques de films

Reconnu pour son travail d'écriture sur le film "Quai d'Orsay" (2013) de Bertrand Tavernier et surtout salué pour son remarquable "Le Chant du Loup" (2019), Antonin Baudry aura pris son temps pour revenir avec un projet aussi ambitieux qu'audacieux pour retracer l'histoire de France durant la Seconde Guerre Mondiale et de revenir sur le destin d'un homme sans égal dans l'Histoire française, nous parlons bien entendu du Général De Gaulle (Tout savoir ICI !). Pour son projet le réalisateur-scénariste co-écrit son scénario avec son épouse, Bérénice Vila, et adapte l'ouvrage "De Gaulle : une Certaine Idée de la France" (2019) de Julian T. Jackson, historien britannique spécialiste de la France et de la Seconde Guerre Mondiale dont on peut conseiller également les livres "La France sous l'Occupation, 1940-1944" (2004) et "Le Procès Pétain : Vichy face à ses Juges" (2024). D'emblée, le cinéaste prévoit un diptyque, le premier film prend le titre de "L'Âge de Fer" qui renvoie aux difficultés des premiers combats et se focalise sur les années 1940-1942, puis dans un mois sortira la suite intitulé "J'écris ton nom", qui se déroulera sur les années 1943-1944 et qui symbole l'espoir en reprenant le fameux vers du poème "Liberté" (ICI) de Paul Eluard... Juin 1940, la France s'effondre et signe l'Armistice. Au milieu du chaos, un homme refuse la défaite, le quasi inconnu Général De Gaulle, s'échappe à Londres avec la conviction folle que la bataille de France n'est pas terminée et qu'il faut poursuivre le combat. Sans appui, sans armée, sans espoir, mais pourvu d'une détermination sans faille et de l'amour de la patrie, le Général parvient petit à petit à réveiller un pays moribond et crée un nouveau front sous l'égide de la France Libre... 

Le Général De Gaulle est incarné par Simon Abkarian vu dernièrement dans "Selon la Police" (2022) de Frédéric Videau, "Overdose" (2022) de Olivier Marchal et "Le Quatrième Mur" (2024) de David Oelhoffen. Parmi les autres généraux français citons Thierry Lhermitte vu récemment dans "Chasse Gardée 2" (2025) de Frédéric Forestier et "Mauvaise Pioche" (2026) de et avec Gérard Jugnot, Benoît Magimel vu dans "Ni Chaînes Ni Maîtres" (2024) de Simon Moutaïrou et "Mi Amor" (2026) de Guillaume Nicloux puis Niels Schneider vu récemment dans "Badh" (2025) de Guillaume de Fontenay et "Les Tourmentés" (2025) de Lucas Belvaux, sans oublier Mathieu Kassovitz vu notamment dans "Les Rois de la Piste" (2023) de Thierry Klifa ou "Frères" (2024) de Olivier Casas. Parmi les compagnons de la Libération citons Karim Leklou vu dans "Le Roman de Jim" (2024) des frères Larrieu ou "L'Accident de Piano" (2025) de Quentin Dupieux, Kacey Mottet-Klein vu dans "Un Monde Violent" (2024) de Maxime Caperan et "Toutes pour Une" (2024) de Houda Benyamina, Loïc Corbery vu entre autre "Guermantes" (2021) de Christophe Honoré ou "Les Survivants" (2022) de Guillaume Renusson, Grégoire Colin qui retrouve Niels Schneider après "Badh" (2025) et vu depuis dans "Coutures" (2026) de Alice Winocour et "A Bras-le-Corps" (2025) de Marie-Elsa Sgualdo, Pablo Cobo apparu dans "Madre" (2019) de Rodrigo Sorogoyen ou "Tropic" (2022) de Edouard Salier, Pierre Aussedat apparu dans "Little Girl Blue" (2023) de Mona Achache ou "Love Me Tender" (2025) de Anna Cazenave, évidemment n'oublions pas un certain Jean Moulin incarné par Félix Kysyl vu dans "Des Preuves d'Amour" (2025) de Alice Douard et "Qui brille au Combat" (2025) de Joséphine Japy, qui fera donc face à Klaus Barbie alias François Göske vu dans "Le Corps Sauvage" (2019) de Cheyenne Carron ou "Les Enfants de la Résistance" (2026) de Christophe Barratier. Continuons avec les femmes de la Résistance avec Anamaria Vartolomei vue récemment dans "Mickey 17" (2025) de Bong Joon-Ho, Noémie Schmidt apparue dans "Le Monde après Nous" (2021) de Louda Ben Salah-Cazanas et dans "Années 20" (2021) de Elizabeth Vogler après lequel elle retrouve sa partenaire Alice de Lencquesaing vue dans "L'Evènement" (2021) de Audrey Diwan et "Aimons-Nous Vivants" (2025) de Jean-Pierre Améris. Puis enfin dans les chefs d'états et généraux alliés citons Campbell Scott aperçu dans les "The Amazing Spider-Man" (2012-2014) ou "Jurassic World : le Monde d'Après" (2022) de Colin Trevorrow, Simon Russell Beale qui incarne à nouveau Churchill après "La Ruse" (2022) de John Madden et vu depuis dans "Le Jeu de la Reine" (2023) de Karim Aïnouz et qui retrouve après "My Week with Marylin" (2011) de Simon Curtis son partenaire Pip Torrens aperçu dans "Danish Girl" (2015) de Tom Hooper ou "Blackwood, le Pensionnat" (2018) de Rodrigo Cortès, Daniel Betts qui retrouve 39-45 après "Fury" (2014) de David Ayer et "Alliés" (2016) de Robert Zemeckis et vu plus récemment dans l'excellent "Au Rythme de Vera" (2025) de Ido Fluk, puis enfin Stephen Campbell Moore apparu dans "Downton Abbay" (2019) de Michael Engler ou "The Union" (2024) de Julian Farino...

Notons que la musique est signée de Volker Bertelmann oscarisé pour sa B.O. du film "A l'Ouest Rien de Nouveau" (2022) de Edward Berger et compositeur ensuite de "Conclave" (2024) de Edward Berger et "The Crow" (2024) de Rupert Sanders, mais on note surtout que pour la suite "J'écris ton nom" le compositeur sera un inconnu, Théo Cascio... Le film débute fin juin 1940 et en quelques ellipses rapides et quelques scènes polyvalentes mais assez marquantes pour comprendre le contexte le film débute vraiment avec le fameux Appel du 18 Juin. On a peut-être l'impression que le film a du mal à démarrer, mais il s'avère que le récit se doit de poser un peu le temps car il est effectivement nécessaire de rappeler la solitude de De Gaulle dans les premiers jours qui suivirent l'Appel du 18 juin. L'arrivée de sénans (les premiers à avoir répondu à l'Appel sont les bretons de l'Île de Sein) est touchant mais il est dommage que la phrase dite par De Gaulle soit si oubliable alors qu'on sait qu'il aurait dit "L'Île de Sein est donc le quart de la France !". Loin d'être encore dans la guerre de Résistance, la première partie se résume aux coulisses de la France Libre où comment De Gaulle se bat en diplomate plus qu'en militaire pour tenter d'exister et de faire exister la France face à un Churchill séduit mais forcément hésitant vis des intérêts britanniques qui sont évidemment sa priorité. Le véritable intérêt du film ici, est de monter et décortiquer le combat en "col blanc" du Général, De Gaule n'ayant de cesse de protéger avant tout les intérêt de la France quoi qu'il en coûte et ce en voyant à long terme au cas où la victoire finale se confirme (ce que De Gaulle ne doute pas !). L'Histoire de 39-45 est terriblement dense et complexe, et même si le film se fera en deux longs métrages il est impossible de tout raconter ce qui oblige à résumer les événements voir à faire quelques raccourcis ; ainsi par exemple, le jeune Fernand Bonnier de La Chapelle/Lesieur futur meurtrier de l'Amiral Darlan/Kassovitz était bel et bien à la manifestation du 11 novembre 1940 mais n'en était pas l'un des organisateurs, par là même il n'exécute pas Darlan sur une décision en solo mais après une opération choisie et après une courte paille entre plusieurs camarades, où encore le personnage de Livia/Vartolomei est fictif mais représente une sorte de mix de plusieurs grandes Résistantes. Par contre il est aussi étonnant que le film occulte l'invasion de la zone libre par les allemands qui se déroule avant le meurtre de Darlan. 

La seconde partie est plus guerrière, notamment avec la bataille de Bir Hakeim où 3700 soldats français résistent à 45000 soldats de l'Axe, d'ailleurs il s'agit de forces germano-italiennes, mais le film omet les italiens comme il omet que les deux tiers des forces françaises sont issues des colonies. On peut noter que le film se focalise sur les français, mais rappelons que le général allemand Rommel, impressionné par le courage des français et s'apercevant que les prisonniers français pourraient de soif, ordonna d'attribuer des rations d'eau égale à celle de ses propres soldats, peut-être dommage de ne pas "nourrir" le scénario de ces faits qui humanisent des combats déjà terribles. Durant cette bataille, on remarque que l'utilisation des effets spéciaux avec énormément d'images numériques n'est pas toujours très probants ; notons que l'équipe n'a utilisé que trois tanks réels, 80% des images restent numérisés en post-production, c'est beaucoup et retire sur quelques passages l'effet viscéral et/ou métallique inhérent à la guerre. Néanmoins, on constate que l'essentiel est là, à l'image, que le scénario se veut instructif et même ludique au point où on peut sans mal imaginer diffuser le film dans les cours d'Histoire de nos jeunes aujourd'hui complètement déconnectés d'un passé pourtant pas si lointain. Enfin, si le film est un hommage qui glorifie notre Général De Gaulle il a l'interlligence de ne pas omettre une face plus sombre comme une tenue autoritaire, un égo démesuré et une confiance en soi qui tient d'un narcisse appuyé. Malgré ses maladresses, Antonin Baudry signe une fresque qui ne manque pas de souffle, passionnant et utile qui rappelle aussi l'importance du patrimoine historique. 

 

Note :                 

14/20
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