Ave Maria (1984) de Jacques Richard
Déjà réalisateur des films "Le Vivarium" (1975), "Le Rouge de Chine" (1977) et "Rebelote" (1982) Jacques Richard est aujourd'hui surtout connu pour avoir découvert Noémie Merlant dans "L'Orpheline avec en plus un Bras en Moins" (2012), et avant cela c'est en signant son nouveau film au titre évocateur "Ave Maria" (1984) qu'il fera parler de lui. Réalisateur-scénariste il co-écrit le scénario avec Paul Gégauff, scénariste fétiche de Claude Chabrol sur pas moins de 14 films entre "Les Cousins" (1959) et "Les Magiciens" (1976). Le film fait aussitôt scandale moins pour son histoire que pour son affiche promotionnelle qui montre l'actrice Isabelle Pasco (tout juste 18 ans) littéralement crucifiée seins nus d'après une photographie effectuée par le grande photographe Bettina Rheims. Pas moins de neuf associations catholiques attaquent en justice la production, un jugement interdit l'affiche pour son caractère outrageant mais le film reste libre de sortie en salles. D'aucun diraient que c'est une suite logique à un film maudit dont le tournage a connu trois décès tragiques, en effet, le scénariste Paul Gégauff est assassiné de trois coups de couteau par sa compagne de 25 ans sa cadette durant le tournage 24 décembre 1983, puis Gérard Lebovici, distributeur du film est assassiné dans un parking, un crime toujours impuni, puis enfin l'actrice Pascale Ogier meurt la veille de on 26ème anniversaire et la veille de l'avant-première du film d'une crise cardiaque qui sera attribuée plus tard à une overdose. Un film qui a donc tout pour rejoindre les autres maudits du Septième Art... Dans un village reculé les habitants vivent sous le joug du prêtre Adolphe Eloi appelé le "Saint-Père" et de son assistante Berthe Grajeux dite "Saint-Mère". La communauté est ainsi devenue une secte chrétienne intégriste et rien dans le village ne se passe sans l'avis ou l'autorité du "Saint-Père". Quand Ursula, 15 ans, est connait ses premiers émois elle devient la cible du prêtre et de sa "Sainte-Mère", mais quand elle avoue être enceinte elle est bientôt jugée pour sa conduite honteuse. Elle est bientôt jugée envoutée...
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La jeune Ursula est jouée par Isabelle Pasco dans son premier film alors âgée de 17 ans, qui va devenir un espoir du cinéma français avec "Hors-la-Loi" (1985) de Robin Davis et "Roselyne et les Lions" (1989) de Jean-Jacques Beineix et vue plus tard dans "Dancing at the Blue Iguana" (2000) ou "Chacun sa Vie" (2017) de Claude Lelouch, tandis que ses parents sont interprétés par Bernard Freyd alors entre "Au Nom de tous les Miens" (1983) de Robert Enrico et "L'Amour Braque" (1985) de Andrzej Zulawski, et Dora Doll ayant débutée comme figurante dans "Entrée des Artistes" (1938) de Marc Allégret et "Hôtel du Nord" (1938) de Marcel Carné et qui a connu son Âge d'Or entre "Quai des Orfèvres" (1947) de Henri-Georges Clouzot et "Mélodie en Sous-Sol" (1963) de Henri Verneuil, et retrouve après "Violette Nozière" (1978) de Claude Chabrol sa partenaire Jeanne Herviale apparue dans "Série Noire" (1979) de Claude Pinoteau ou "Inspecteur la Bavure" (1980) de Claude Zidi après lequel elle retrouve le "Saint-Père" Feodor Atkine déjà un des meilleurs seconds rôles de sa génération avec "Chacal" (1972) de Fred Zinnemann, "Guerre et Amour" (1975) de et avec Woody Allen ou "Pauline à la Plage" (1983) de Eric Rohmer, ainsi "Sainte-Mère" est jouée par Anna Karina muse de Jean-Luc Godard sur sept films entre "Le Petit Soldat" (1960) et "Made in USA" (1966) et vue autrement dans "Des Filles pour l'Armée" (1965) de Valerio Zurlini ou "Roulette Chinoise" (1976) de Rainer Werner Fassbinder. Citons ensuite Pascale Ogier vue dans "Perceval le Gallois" (1978) et "Les Nuits de la Pleine Lune" (1984) tous deux de Eric Rohmer, Sacha Briquet vu dans "Archimède le Clochard" (1959) de Gilles Grangier, "Benjamin ou les Mémoires d'un Puceau" (1967) de Michel Deville ou "Prénom Carmen" (1983) de Jean-Luc Godard et retrouve après "Landru" (1962) de Claude Chabrol l'inénarrable Philippe Castelli fameux second voir troisième couteau du cinéma français qui était dans "Rebelote" (1983) et qui retrouvera une ultime fois son réalisateur pour son dernier film "La Dame Pipi" (2000) où il sera malheureusement coupé au montage, Franck-Olivier Bonnet aperçu dans "Un Mauvais Fils" (1980) de Claude Sautet ou "Papy fait de la Résistance" (1983) de Jean-Marie Poiré et qui retrouve Feodor Atkine après "La Guerre des Polices" (1979) de Robin Davis, Dominique Besnehard célèbre agent et découvreur de star qui fait aussi l'acteur comme la même année dans "Marche à l'Ombre" (1984) de et avec Michel Blanc et "L'Addition" (1984) de Denis Amar, Agathe Vannier qui était aussi dans "Le Vivarium" (1975), le court métrage "Les Ecrans Déchirés" (1976) et "Le Rouge de Chine" (1979), puis enfin Christian Chauvaud acteur fétiche de Jean-Pierre Mocky sur une trentaine de films entre "Y a-t-il un Français dans la Salle ?" (1982) et "Rouges étaient les Lilas" (2016)... Le film sur la religion qui fait scandale, ce film précède de peu l'autre film à scandale avec "Sous le Soleil de Satan" (1987) de Maurice Pialat tandis que plus tard un film traitera d'une thématique similaire mais en plus consensuel avec "Les Eblouis" (2019) de Sarah Suco. Le film est d'une grande austérité, ce qui colle finalement à cette communauté très dévôte, et a priori paraît dans un style très réaliste, très terre à terre, et ne même temps semble complètement anachronique car on pense souvent à une histoire qui se déroulerait au siècle dernier si il n'y avait pas quelques plans sur les voitures pour nous indiquer que nous sommes bien au début des années 80.
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Très vite on sourit bien malgré nous devant une mise en scène, des dialogues et un jeu d'acteurs qui est tout en démesure, surjeu, caricature et théâtral ce qui rend le film à la fois plus surréaliste et solennel qu'une messe dominicale en témoigne par exemple le nom du prêtre (référence à Saint-Eloi) ou à la séquence de la Cène. c'est ce qui rend le film hors du temps, risible quand il croit être sérieux, tandis que les ouailles sont tous des moutons soumis sans nuances, pas même un villageois ne dénote dans le village tandis que les gendarmes sont tout aussi aveugles malgré une partie judiciaire assez accessoire. Le couple "saint" est une incarnation très et trop caricaturale avec une dualité trop basique (père sobre, maître de lui, mesuré, mais mère démente et hystérique) qu'ils en deviennent grotesque. Pourtant le film n'est pas vain, la critique anti-clérical reste virulente, la dénonciation d'une foi aveugle reste pertinente, l'intégrisme reste une cible toujours juste avec une dernière partie puissante par sa force d'interprétation et un twist assez effrayant. Ce film aurait pu être plus puissant encore, dommage que le traitement soit si grandiloquent, et qu'il ne soit pas situé à une époque un peu plus reculé pour plus de crédibilité. Le film reste une oeuvre au contexte "maudit" qui ajoute à son intérêt et est donc une curiosité cinéphile à conseiller.
Note :
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