Licorice Pizza (2022) de Paul Thomas Anderson

par Selenie  -  6 Janvier 2022, 15:10  -  #Critiques de films

Retour de Paul Thomas Anderson après le succès de "Phantom Thread" (2017) avec un projet qui date de 2001 suite à une idée qui lui ait venu après avoir vu un étudiant harcelé une photographe. Par la suite, le cinéaste a ajouté d'autres idées comme son ami Gary Goetzman, qui après avoir été enfant-acteur est devenu vendeur de matelas à eau et qui a livré un certain Jon Peters, époux de Barbara Streisand et producteur. Précisons que ces derniers ont accepté que d'être l'inspiration directe des personnages du film. Paul Thomas Anderson assume les casquettes de Producteur-Réalisateur-Scénariste-Directeur Photo de son film qui peut être considéré comme un retour aux sources notamment en retournant à Los Angeles, plus précisément dans la vallée de San Fernando où il a tourné ses premiers succès "Boogie Night" (1997), "Magnolia" (1999) et "Punch-Drunk Love" (2002)... 1973, Gary Valentine, un jeune étudiant de 15 ans tombe amoureux Alana Kane jeune femme de 25 ans. Mais la différence d'âge s'avère un léger soucis tandis qu'ils vont apprendre, grandir et faire des rencontres décisives...

Le jeune Gary est incarné par Cooper Hoffman dont c'est le premier film, mais il est surtout fils d'un certain Philip Seymour Hoffmang acteur génial mort trop tôt et acteur fétiche de Paul Thomas Anderson de "Double Mise" (1996) à "The Master" (2012) exception faîtes de "There Will Be Blood" (2007). La jeune femme Alana est interprétée par Alana Haim, dont c'est également le premier rôle mais qui est connue comme une membre du groupe Haim composé de ses deux soeurs. Ils sont entourés des stars Sean Penn vu dernièrement dans son décevant "Flag Day" (2021), Tom Waits acteur récurrent chez F.F. Coppola et Jim Jarmush dont le récent "The Dead Don't Die" (2019), Bradley Cooper dont le dernier film est celui où il prête sa voir à un raton laveur dans "Avengers : Endgame" (2019) des frères Russo, John C. Reilly qui retrouve le réalisateur après avoir joué dans ses trois premiers longs métrages, Maya Rudolph épouse du réalisateur à la ville et comique connue aux Etats-Unis vue "Hubie Halloween" (2020) de et avec Adam Sandler et dans "Inherent Vice" (2015) de son époux, puis citons Benny Safdie surtout connu comme co-réalisateur avec son frère Joshua entre autre de "Lenny and the Kids" (2009) et "Good Time" (2017), John Michael Higgins surtout remarqué dans la trilogie "Pitch Perfect" (2012-2017), Jospeh Cross vu dernièrement dans "Mank" (2020) de David Fincher, puis Harriet Sansom Harris qui retrouve le réalisateur après "Phantom Thread"... Pour la musique Paul Thomas Anderson a de nouveau fait appel à Johnny Greenwood, membre du groupe Radiohead qui signe les B.O. du cinéaste depuis le chef d'oeuvre "There Will Be Blood" (2007) et du récent et excellent film "The Power of the Dog" (2021) de Jane Campion... Pour commencer, on ne peut passer à côté d'un paramètre essentiel, celui des deux personnages principaux et de leurs interprètes. Soit Alana Kane, une jeune femme de 25 ans qui en paraît moins, et Gary Valentine 15 ans qui en paraît plus, tous deux incarnés par deux jeunes acteurs qui sont loin des canons de beauté hollywoodiens habituels, on pourrait même dire qu'ils ont un "physique ingrat" mais assumé comme tel. Alana/Haim est sans maquillage, ne cache pas ses cernes, et Gary/Hoffman ne son côté joue avec son acné. Mine de rien, ce jeune couple s'affiche ainsi comme le commun des mortels et non pas comme une couverture de magazine comme c'est souvent (toujours ?!) le cas.

Par contre, leur 10 années d'écart (elle a en vérité 30 ans et lui 19) ne se voit pas réellement, ce qui empêche tout intérêt et/ou enjeu sur cette importante différence d'âge, d'autant plus que le jeune de 15 ans est mature, ambitieux et devient entrepreneur alors qu'elle est encore chez ses parents, n'est pas encore indépendante et ne sait pas vraiment ce qu'elle veut. C'est le plus gros soucis du film. Mais pourtant ça fonctionne à merveille, d'abord grâce à l'osmose entre les deux acteurs, un couple au diapason, le jeu raccord dont le charme opère avec son lot d'étincelles dans les yeux. Mais la différence d'âge, surtout dans ce sens, est assez inhabituel pour réfréner les ardeurs alors qu'ils sont forcément irrémédiablement amoureux l'un de l'autre. Les atermoiements ne sont que les conséquences des convenances sociétales, comme souvent, mais l'évolution de leur histoire reste subtilement dépeinte, ils nous touchent, nous émeuvent, nous font sourire, nous agacent aussi mais ils sont aussi une vraie source de jouvence. D'autres films auraient forcément vu en Gary un timide ou un complexé et en elle une jeune féministe soucieuse de son indépendance. Le cinéaste lui nous offre au contraire l'inverse en témoigne une séquence de séduction savoureuse en ouverture. Avec eux Paul Thomas Anderson nous replonge avec délice dans les années 70 avec une dose de nostalgie non feinte. Une B.O. inspirée, des seconds rôles savoureux (des stars en mode autodérision pour incarner un ersatz de William Holden, et la caricature du producteur et conjoint de Barbara Streisand), une reconstitution idéalisée des seventies avec ces petits détails qui font tout (Viêtnam, homophobie, crise pétrolière,... etc...). Certains pensent que le cinéaste survolent les sujets mais il est au contraire malin de ne pas traiter des thématiques aussi complexes que hors de propos. Les sujets en filigrane ou sous-jacents ne sont que les aléas logiques d'un contexte d'époque. Le réalisateur-scénariste offre un écrin de bonheur, où la nostalgie demeure le simple ingrédient de cette romance adolescente qui sort des sentiers battus avec une fantaisie tendre loin de toute mièvrerie. En prime, deux jeunes acteurs au firmament, deux révélations extraordinaires. Paul Thomas Anderson signe une chronique amoureuse réjouissante qui évite les clichés du genre, ce qui est en soi déjà un cadeau.

 

Note :            

 

16/20
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