Last Night in Soho (2021) de Edgar Wright

par Selenie  -  4 Novembre 2021, 08:22  -  #Critiques de films

Il aura fallu un peu de temps après "Baby Driver" (2017) avant de voir le retour de Edgar Wright. Le réalisateur-scénariste est amoureux de Londres et plus précisément du quartier de Soho qui, semblerait-il, aurait été le pendant du Pigalle parisien dans les années 60 à en croire le cinéaste qui précise : "Soho allait enfin pouvoir se montrer sous tous ses aspects, mêlant à la fois le showbiz et le crime dans une atmosphère sulfureuse et parfois effrayante. Il était temps de mettre en lumière la part d'ombre des années 60 qui sont aujourd'hui synonymes de glamour et paillettes, mais qui portaient également leur lot d'iniquités et d'injustices." Pour son histoire, Edgar Wright a fait appel à une co-scénariste qui a été serveuse à Soho, Krysty Wilson-Cairns qui a écrit auparavant le film "1917" (2019) de Sam Mendes. Rappelons que Edgar Wright s'est fait d'abord remarqué avec la mythique trilogie "Cornetto" composé de "Shaun of the Dead" (2004), "Hot Fuzz" (2007) et "Le Dernier Pub avant la Fin du Monde" (2013)...  Eloïse, une jeune orpheline passionnée de mode et des années 60 est accepté dans une célèbre école de mode à Londres. Après avoir choisi de louer une chambre chez une vieille femme elle commence à rêver de Sandie, sorte de alter ego qui vit en 1965 dans le quartier de Soho où elle rêve de devenir une star de la chanson. Petit à petit ses rêves s'avèrent être des visions qui apparaissent de plus en plus également le jour et prennent de plus en plus de place dans sa vie...

La jeune étudiante est interprétée par Thomasin McKenzie particulièrement remarquée dans "Jojo Rabbit" (2019) de Taika Waititi et vue depuis dans "Le gang Kelly" (2019) de Justin Kurzel et "Old" (2021) de M. Night Shyamalan. Sandie est incarnée par Anya Taylor-Joy révélation de "The Witch" (2016) de Robert Eggers et vue dans "Emma" (2020) de Autumn de Wilde et "Les Nouveaux Mutants" (2020) de Josh Boone. La vieille dame est jouée par Diana Rigg célèbre depuis la série TV "Chapeau Melon et Bottes de Cuir" (1965-1968), vue aussi dans "Game of Thrones" (2013-2017), et aussi James Bond Girl dans "Au Service Secret de sa Majesté" (1969) de Peter Hunt, à l'instar de sa partenaire Margaret Nolan qui était elle dans "Goldfinger" (1964) de Guy Hamilton, et ironie du sort, les deux actrices nous ont quitté en 2020 avant la sortie du film. Le playboy des années 1960 est joué par Matt Smith  remarqué dans les séries TV "Doctor Who" (2010-2013) et "The Crown" (2016-2017), plus discret sur grand écran mai son peut citer "Terminator Genisys" (2015) de Alan Taylor et "Orgueil et Préjugés et Zombies" (2016) de Burr Steers. Le vieux client du pub est incarné par la Terence Stamp star des années 60 avec "Billy Budd" (1962) de Peter Ustinov, "L'Obsédé" (1965) de William Wyler ou "Theoreme" (1968) de Pier Paolo Pasolini et qu'on avait pas vu depuis "Murder Mystery" (2019) de Kyle Newacheck. Dans des petits rôles citons Sam Caflin vu récemment dans "Charlie's Angels" (2019) de et avec Elizabeth Banks et "Enola Holmes" (2020) de Harry Bradbeer, puis le duo James et Oliver Phelps surtout connu comme les frères jumeaux de Ron dans la saga "Harry Potter" (2001-2011). Pour finir, citons le méconnu Michael Ajao qui joue là un second rôle important après une décennie d'apparitions télévisuelles et un premier film avec "Attach the Block" (2011) de Joe Cornish... Le film débute assez classiquement, où une jeune femme part étudier. Il faut attendre un bon quart d'heure avant que l'histoire débute réellement avec la visite de la chambre à louer, puis avec la première incursion dans le Soho de 1965. Première claque avec une reconstitution flamboyante et fascinante grâce à la beauté singulière de Anya Taylor-Joy, mais aussi et surtout grâce à des décors aux couleurs chatoyantes, aux strass, à la lumière, à une immersion jouissive qui ne peut que donner envie d'y être. Sur ce point Edgar Wright assure, on est prêt à suivre Eloïse/McKenzie jusqu'en 1965 et rencontrer la sublime et sensuelle Sandie/Taylor-Joy. Précisons aussi que derrière il y a aussi un certain Chung-Hoon Chung, directeur Photo qui est un fidèle de Park Chan-Wook grand réalisateur coréen pour qui il a travaillé sur tous ses films depuis le chef d'oeuvre "Old Boy" (2003) jusqu'à "Mademoiselle" (2016) en passant par "Stoker" (2013).

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Il s'agit du premier film de Edgar Wright où les personnages principaux sont des femmes. On retrouve les deux facettes de la jeune femme, une d'aujourd'hui mais plutôt timide voir même fragile psychologiquement, et une autre qui vit dans un autre monde, plus patriarcal aussi mais elle est plus forte et tente de s'émanciper en rêvant d'un destin plus heureux. Anya Taylor-Joy s'est inspiré de plusieurs films des années 60 pour incarner son personnage, dont "Pas de Larmes pour Joy" (1967) de Ken Loach, résultat l'actrice incarne dès les premières secondes une jeune femme icône d'une époque teintée de nostalgie et de sensualité. Par contre les deux scénaristes ont voulu une héroïne forte qui annonce la libération sexuelle des années 70, sur ce point on ne peut que chercher le lien tant le destin de Sandie est loin d'avoir un rapport avec une quelconque liberté (?!). La première moitié du film est très addictive, on s'attache à l'étudiante et on aime la suivre dans ses songes où on est subjugué par Sandie. L'ébullition de Soho attise l'imaginaire, on est happé par le récit, on adore notamment les reflets dans les glaces et les jeux de miroir, on attend avec impatience le rebondissement qui va forcément arriver. Puis arrive l'instant où soudain le film vire vers quelque chose de plus malsain, la musique comme les images se font plus menaçants, l'angoisse monte doucement mais sûrement avec un suspense solide... qui ne dure malheureusement pas assez longtemps pour satisfaire un récit qui demandait bien plus d'effort sur ce point. C'est alors le début de la fin. Les cartes sont jetées, on a les tenants et aboutissants et la dernière demi-heure s'enfonce dans l'esbroufe et l'artificiel. On sait qui est qui, et la fin devient une explosion de violence qui ne paraît pas anodin tant on ne voit pas pourquoi le "méchant" jouerait une dernière carte aussi stupide qu'inutile. Le premier tiers est vraiment attrayant et prometteur (disons vers un 15-16/20), ensuite un second tiers qui reste inégal mais il y a encore de nombreux passages très réussis (vers un 13-14/20) avant de finir sur un ultime tiers râté et maladroits (vers un 7-8/20). En conclusion malgré une vraie inspiration et des personnages intéressants, très et trop vite le réalisateur s'engonce dans une série B aux ingrédients éculés. Quel dommage... 

 

Note :            

 

11/20
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