Mort de Sidney Poitier

par Selenie  -  8 Janvier 2022, 01:45  -  #Décès de star - Bio

Juste quelques heures après Peter Bogdanovich une autre icône du cinéma américain nous quitte, l'acteur Sidney Poitier est mort ce 6 janvier également à 94 ans.

Sidney Poitier : sa biographie, filmographie, et quelques photos

Né en 1927 à Miami étant le plus jeunes de 7 frères et soeurs, et fils de agriculteurs aux Bahamas. Sa naissance est ainsi un coup du destin puisque la famille n'était présente en Floride que pour tenter de vendre leurs produits fermiers. Etant un bébé prématuré, la famille resta 3 mois à Miami le temps pour l'enfant d'être soigné. Ils sont ensuite retournés aux Bahamas, alors colonie britannique, mais étant né sur le sol américain le jeune Sidney a droit à la double nationalité. Les ancêtres du futur acteur seraient des esclaves du français Charles Leonard Poitier qui avait immigré en Jamaïque en 1800.

 

Il a vécu jusqu'à 10 ans aux Bahamas, puis la famille a déménagé à Nassau où il a été confonté pour la première fois à la modernité comme l'électricité et le cinéma. A 15 ans il est envoyé à Miami dans la famille nombreuse d'un frère aîné. Il trouve alors plusieurs boulots comme plongeur ou serveur. En 1943 il ment sur son âge afin de s'engager dans l'armée. Mais il est affecté dans un hôpital psychiatrique de l'état de New-York, une expérience douloureuse au point qu'il se fait finalement exempté pour raison (justement) psychiatrique. 

 

Retrouvant quelques boulots il passe en parallèle des auditions qui lui permet d'obtenir un petit rôle pour l'American Negro Theatre. Mais son accent bahamien le dessert et va s'appliquer à s'améliorer durant plusieurs mois. Si l'apprentissage est difficile, il gagne en expérience et après plusieurs pièces de théâtre notamment à Broadway il est enfin remarqué en 1949 par un employé du nabab Darryl F. Zanuck pour incarner le premier médecin noir d'une petite ville. Il joue ainsi un premier rôle principal dans son premier long métrage, "La Porte s'Ouvre" (1950 - ci-dessous) de Joseph L. Mankiewicz avec comme partenaire Richard Widmark avec qui il devient ami.

Photo du film La Porte s'ouvre - Photo 3 sur 4 - AlloCiné

Il enchaîne ensuite avec un film qui se déroule en Afrique du Sud pour "Pleure, Ô Pays Bien-Aimé" (1951 - ci-dessous) de Zoltan Korda où il joue aux côtés de Canada Lee premier acteur afro-américain de premier plan mais qui ne connaîtra pas le statut futur de Sidney Poitier.

Il joue ensuite dans le film de guerre "Les Conducteurs du Diable" (1952) de Budd Boetticher mais il gagne encore en reconnaissance pour sa performance de lycéen dans "Graine de Violence" (1955 - ci-dessous) de Richard Brooks avec Glenn Ford et Anne Francis. Le film devient culte et participe à la vague de teen movie "rebelles" à l'instar de "La Fureur de Vivre" (1955) de Nicolas Ray.

Graine de violence (Blackboard jungle) - Cinepassion.over-blog.com

Il tourne ensuite "Adieu Lady" (1956) de William A. Wellman avec qui l'acteur s'est particulièrement entendu et qui marquera longtemps l'acteur. Sa carrière prend réellement son envol et les projets affluent, il joue un docker en proie au racisme aux côtés de John Cassavetes dans "L'Homme qui tua la Peur" (1957 - ci-dessous) de Martin Ritt puis retrouve un rôle d'africain "sauvage" dans "Le Carnaval des Dieux" (1957) de Richard Brooks puis joue aux côtés de Yvonne De Carlo et Clark Gable dans "L'Esclave Libre" (1957) de Raoul Walsh.

C'est à la fin de la décennie que l'acteur connaît une première reconnaissance internationale, d'abord avec le drame "La Chaîne" (1958 - ci-dessous) de Stanley Kramer aux côtés de Tony Curtis avec qui il est menotté et en fuite, rôle qui lui vaut un Ours d'Argent à la Berlinale 5, un Bafta 59 ainsi que sa première nomination à l'Oscar.

Dans la foulée, il est particulièrement remarqué pour sa performance dans "Porgy and Bess" (1959 - ci-dessous) de Otto Preminger aux côtés de Dorothy Dandridge. 

Le premier film important des années 60 est "Paris Blues" (1961 - ci-dessous) de Martin Ritt avec Paul Newman et Joanne Woodward, un film qui met en avant la différence de traitement des noirs entre l'Amérique ségrégationniste et leur position plus libre à Paris. Il joue ensuite dans son premier film historique, où il est un maure chez les vikings dans "Les Drakkars" (1963) de Jack Cardiff dans lequel il retrouve son ami Richard Widmark.

Paris Blues | Cleveland Institute of Art College of Art | 800.223.4700

Il entre dans l'Histoire avec son film suivant, "Le Lys des Champs" (1963 - ci-dessous) de Ralph Nelson où il joue un ouvrier itinérant qui aide des nonnes allemandes dans le far-west. Son rôle lui vaut l'Oscar du meilleur acteur faisant de lui le premier acteur afro-américain à obtenir la statuette, avant lui rappelons que l'actrice Hattie MacDaniel a reçu l'Oscar mais du second rôle dans "Autant en Emporte le Vent" (1939) de Victor Fleming. Malgré la gloire et la reconnaissance l'acteur sera aussitôt plus tempéré, ayant peur d'être cantonné à des rôles d'afro-américains et/ou de gentil noir.

Cependant de meilleurs rôles semblent arriver comme le journaliste en pleine Guerre Froide dans "Aux Poste de Combat" (1965) de James B. Harris dans lequel il retrouve Richard Widmark alors producteur qui voyait ce film comme un "Docteur Folamour" (1964) de Stanley Kubrick. Il participe ensuite à la superproduction "La Plus Grande Histoire Jamais Contée" (1965) de George Stevens avant de retrouver un rôle contemporain dans "Un Coin de Ciel Bleu" (1965 - ci-dessous) de Guy Green où il redonne le goût de vivre à une jeune aveugle blanche.

Il joue ensuite un étudiant en psychologie qui tente de sauver une femme qui a appelé un centre d'appel alors qu'elle veut se suicider, il s'agit de "Trente Minutes de Sursis" (1965) de Sydney Pollack dont c'est le premier film. Il joue ensuite dans le western "La Bataille de la Vallée du Diable" (1966) de Ralph Nelson avec James Garner puis se retrouve dans un rôle de professseur en difficulté dans "Les Anges aux Poings Serrés" (1967) de James Clavell le plaçant donc de l'autre côté du bureau après "Graines de Violence". Il enchaîne avec un chef d'oeuvre, "Dans la Chaleur de la Nuit" (1967 - ci-dessous) de Norman Jewison où il est un policier enquêtant sur un meurtre raciste dans le sud ségrégationniste devant collaborer avec un policier aux préjugés raciaux ambigus joué par Rod Steiger. Sa performance lui vaut un Golden Globes et le film reçoit des critiques dithyrambiques méritées.

Il s'agit d'une nouvelle année faste pour l'acteur qui joue également dans "Devinez qui vient Dîner" (1967) de Stanley Kramer où il est le fiancé d'une femme blanche qui doit être présenté aux futurs beaux-parents incarnés par les monstres sacrés Katharine Hepburn et Spencer Tracy, un des rares films de l'époque à aborder le mariage interacial. Pour avoir le rôle l'acteur bien que désormais connu, a dû auditionner lors de deux repas auprès de ses partenaires Katharine Hepburn et Spencer Tracy dans son dernier rôle. Un effort récompensé par un succès populaire et des critiques élogieuses malgré que le film sera interdit dans pas moins de 17 états du Sud des Etats-Unis.

Il tourne ensuite "Mon Homme" (1968) de Daniel Mann sur une énième histoire de racisme, "L'Homme Perdu" (1969) de Robert Alan Aurthur, puis reprend son rôle de lieutenant Virgil Tibbs dans "Appelez-Moi Monsieur Tibbs" (1970 - ci-dessous) de Gordon Douglas, suite officielle de "Dans la Chaleur de la Nuit" mais qui ne connaîtra pas la même postérité, ainsi que "L'Organisation" (1971) de Don Medford où il reprend une troisième son rôle.

Mais les appréhensions de Sidney Poitier le travaille, ne voulant pas jouer uniquement des personnages qui reposent sur sa couleur de peau il se sent pourtant obligé d'incarner des rôles qui remettent en cause les clichés racistes. C'est aussi sans doute pour cette raison qu'il se lance comme réalisateur avec le film "Buck et son Complice" (1972 - ci-dessous) où avec Harry Belafonte il tente d'emmener un groupe d'ancien esclave loin des états ségrégationnistes juste après la Guerre de Sécession.

Le succès n'est pas vraiment au rendez-vous, mais l'acteur-réalisateur poursuit et signe coup sur coup "L'Amour fleurit en Décembre" (1973) et "Uptown Saturday Night" (1974) qui restent assez confidentiels. Il retourne devant la caméra autre que la sienne pour "Le Vent de la Violence" (1975 - ci-dessous) de Ralph Nelson avec Michael Caine et Rutger Hauer pour un histoire sur fond d'Apartheid en Afrique du Sud.

Il revient à la réalisation avec les films "Let's Do It Again" (1975) et "A Piece of the Action" (1977) qui sont de nouveaux échecs. Il signe ensuite, sans faire l'acteur cette fois la comédie "Faut s'Faire la Malle" (1980) avec Gene Wilder et Richard Pryor, le box-office est honorable et il poursuit donc avec une nouvelle comédie toujours avec Gene Wilder et dans lequel il offre un rôle à son ami Richard Widmark pour une nouvelle comédie d'aventure avec "La Folie aux Trousses" (1982). Après avoir réalisé "Fast Forward" (1985) il retourne devant la caméra après dix ans d'absence pour le thriller "Randonnée pour un Tueur" (1987 - ci-dessous) de Roger Spottiswoode où Sidney Poitier et Tom Berenger traque un tueur. Son retour est un succès au box-office et le rappelle au bon souvenir des réalisateur.

Photo de Sidney Poitier - Randonnée pour un tueur : Photo Roger  Spottiswoode, Sidney Poitier - AlloCiné

Il joue ensuite et à nouveau un agnt du FBI mentor de River Phoenix dans "Little Nikita" (1988) de Richard Benjamin avant de réaliser son dernier film en tant que tel, une nouvelle comédie avec "Papa est un Fantôme" (1990) avec Bill Cosby dans le rôle principal.

 

Il tourne ensuite le thriller "Les Experts" (1992) de Phil Alden Robinson sur des pirates informatiques au sein d'un casting prestigieux dont Robert Redford, Mary McDonnell et River phoenix. L'accueil est plutôt glacial et il faut ensuite attendre quelques années pour que l'acteur accepte de jouer dans un nouveau thriller, "Le Chacal" (1997 - ci-dessous) de Michael Caton-Jones avec Bruce Willis et Richard Gere qui va être son dernier rôle sur grand écran.

Sa carrière au cinéma étant en berne, l'acteur commença à tourner pour la télévision en 1991, et c'est aussi par elle qu'il va terminer sa carrière puisque ses deux derniers rôles sont pour la petite lucarne avec les téléfilms "L'Affaire Noah Dearborn" (1999) et "The Last Brickmaker in America" (2001).

 

Sidney Poitier a été actif comme militant des Droits Civiques aux Etats-Unis, son statut l'a positionné comme un exemple pour sa communauté et une icône particulièrement écouté. Il est fait "sir" en 1974 alors que les Bahamas étaient encore une colonie britannique. Il est aussi devenu un ambassadeur des Bahamas notamment auprès de l'Unesco. Parmi ses distinctions, citons le Cecil B. De Mille Award lors des Golden Globes 1982, ainsi qu'un Oscar d'honneur en 2002, puis il est un des rares à recevoir des mains du Président Barack Obama la Médaille présidentielle de la Liberté, plus haute distinction civile américaine.

 

Sidney Poitier a été élevé dans la religion catholique mais devient ensuite agnostique. Il a écrit trois livres autobiographiques, "Cette Vie" (1980), "La Mesure d'un Homme : une Autobiographie Spirituelle" (2000) et "La Vie Au-Delà de la Mesure : Lettres à mon Arrière-Petite-Fille" (2008).

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L'acteur a épousé la danseuse Juanita Hardy (1950-1965) avec qui il a eu quatre filles, il a ensuite épousé l'actrice Joanna Shimkus (1976) avec qui il a eu deux filles dont l'actrice Sydney Tamilia Poitier vue entre autre dans "Jugé Coupable" (1999) de et avec Clint Eastwood et "Boulevard de la Mort" (2007) de Quentin Tarantino.

 

Sidney Poitier aura marqué l'histoire un peu malgré lui et sans doute mais de la manière la plus universelle qu'il aurait espéré, mais il reste et demeure une des plus grandes stars icôniques du cinéma de la seconde moitié du 20ème siècle.

 

La star meurt ce jeudi 6 janvier 2022 à l'âge de 94 ans.

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Je l'avais vu il y a plusieurs décennies dans "Graine de violence" lorsque j'avais eu l'occasion lors d'une reprise à Paris de voir ce film dont je ne connaissais le nom que par la chanson "Rock around the clock" (Bill Haley). Aux postes de combat (avec Richard Widmack), je l'ai découvert en DVD il y a un an ou deux grâce à dasola.
(s) ta d loi du cine, "squatter" chez dasola
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