Il faut tuer Brigitt Haas (1981) de Laurent Heynemann
Ancien assistant de Bertrand Tavernier, voici le troisième long métrage de Laurent Heynemann après avoir abordé la guerre d'Algérie dans "La Question" (1977) puis le thriller politique avec "Le Mors aux Dents" (1979). Pour ce projet le cinéaste choisit le thriller d'espionnage sur fond d'années de plomb en adaptant le roman "L'Histoire de Brigitt Haas" (1978) de Guy Teisseire, qui apparaît la même année de sortie du film pour un caméo dans le film "Beau-Père" (1981) de Bertrand Blier. Réalisateur-scénariste il co-signe son scénario avec Pierre Fabre qu'il retrouve après "Le Mors aux Dents" (1979), et avec qui il écrira aussi son prochain film "Stella" (1983) sur fond d'Occupation allemande, et jouera un petit rôle dans "Les Mois d'Avril sont Meurtriers" (1987), puis avec Caroline Huppert, soeur de la star Isabelle Huppert dont c'est l'un des rares scénarios pour un autre et pour le cinéma, elle signera surtout ses propres scénarios qu'elle réalisera essentiellement pour la télévision de "Madame Sourdis" (1979) à "Un Père Coupable" (2014). Malgré un box-office honorable avec un peu moins du million de spectateurs en France, il demeure un des films les moins connus du du Noiret-Rochefort... Athanase est un des patrons d'une agence d'espionnage, et il lui est demandé d'éliminer une ex-terroriste allemande après un accord passé avec leur homologue allemand. Athanase charge un de ses hommes, Colonna d'organiser l'opération malgré que les deux hommes ne s'apprécient guère. Colonna propose un plan, mais bientôt Athanase apprend que Colonna utilise l'opération pour se débarrasser du mari de sa maîtresse...
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Ce film est surtout le 7ème entre deux géants du cinéma français, ainsi après "Le Capitaine Fracasse" (1961) de Pierre Gaspard-Huit, "La Porteuse de Pain" (1963) de Maurice Cloche, "Qui êtes-vous Polly Maggoo ?" (1966) de William Klein, "L'Horloger de Saint-Paul" (1973) et "Que la Fête commence" (1975) tous deux de Bertrand Tavernier, et "La Grande Cuisine" (1977) de Ted Kotcheff, Philippe Noiret et Jean Rochefort vont encore se retrouver à trois reprises pour "L'Ami de Vincent" (1983) de Pierre Granier-Deferre, "Tango" (1993) et "Les Grands Ducs" (1996) tous deux de Patrice Leconte. La terroriste est incarnée par l'allemande Lisa Kreuzer essentiellement vue chez Wim Wenders avec "Alice dans les Villes" (1974), "Faux Mouvements" (1975), "Au Fil du Temps" (1976) et "l'Ami Américain" (1977) tandis que Colonna est interprété par Bernard Le Coq vu auparavant dans "Les Grandes Vacances" (1967) de Jean Girault, "César et Rosalie" (1971) de Claude Sautet ou "Trois Hommes à Abattre" (1980) de Jacques Deray. Citons ensuite André Wilms futur acteur fétiche de Etienne Chatiliez qui retrouvera Laurent Heynemann pour "Stella" (1983) à l'instar de Luoba Guertchikoff qui retrouve après "Le Corps de mon Ennemi" (1975) de Henri Verneuil son partenaire Michel Beaune qui est la même année avec Noiret dans "Coup de Torchon" (1981) de Bertrand Tavernier qu'il retrouve après déjà "L'Attentat" (1972) de Yves Boisset et "Que la Fête commence" (1975), comme l'acteur Roland Blanche qui était dans "L'Attentat" (1972) et qui retrouve sa réalisatrice après "La Question" (1977) et "Le Mors aux Dents" (1979), après ce dernier et "Que la Fête commence" (1975) ils retrouveront aussi Monique Chaumette qui retrouve Rochefort après "L'Horloger de Saint-Paul" (1973) avant de retrouver dans "Les Fantômes du Chapelier" (1982) de Claude Chabrol l'acteur Victor Garrivier qui joue avec Noiret dans "Coup de Torchon" (1981) de Bertrand Tavernier et qui retrouvera aussi sa réalisatrice pour "Les Mois d'Avril sont Meurtriers" (1987) ainsi que Christian Bouillette qui retrouve une partie de l'équipe après "La Question" (1977) et "Le Mors aux Dents" (1979), puis jouait également dans ce dernier l'actrice Charlotte Maury-Sentier aperçue dans "Nada" (1974) de Claude Chabrol ou plus tard "Les Compères" (1983) de Francis Veber. Citons encore Maurice Teynac qui retrouve Noiret après "Le Capitaine Fracasse" (1961) et "La Nuit des Généraux" (1966) de Anatole Litvak, Lucienne Hamon aperçue dans "La Belle Vie" (1962) et "Un Peu, Beaucoup, Passionnément..." (1971) tous deux de Robert Enrico, Michèle Grellier apparue dans "Pot-Bouille" (1957) de Julien Duvivier ou "L'Agression" (1974) de Gérard Pirès, Stephen Meldegg vu dans "Un Sac de Billes" (1975) de Jacques Doillon ou "Le Dossier 51" (1978) de Michel Deville, Jacques Poitrenaud surtout réalisateur entre autre de "Une Souris chez les Hommes" (1964) ou "Carré de Dames pour un As" (1966), puis enfin les allemands Peter Chatel et Vitus Zeplichal tous deux acteurs fidèles de Rainer Werner Fassbinder se retrouvant entre autre après "Maman Küsters s'en va au Ciel" (1975) et "Le Rôti de Satan" (1976)... Le film entre dans le vif du sujet très vite, et s'impose donc des décors austères, des hommes énigmatiques, des discussions directes, concises mais non dénués de non dits avec une intrigue claire qui paraît simples à première vue. Le contexte est alors encore brûlante puisqu'il est moins question de la Guerre Froide que d'une évocation des Brigades Rouges ou plutôt de la Fraction Armée Rouge (Tout savoir ICI !) ici puisqu'il s'agit de l'Allemagne de l'Ouest ; on note donc un contexte très réaliste et raccord avec les actualités. Pourtant on peut trouver que le point central du grain de sable paraît légèrement capillotracté, où comment croire qu'un "faux" adultère amènerait à un tel risque ?!... ATTENTION SPOILERS !... Bauman/Rochefort n'est plus vraiment cocu, sa femme l'a quitté, alors pourquoi son nouvel homme Colonna.Le Coq prendrait un aussi gros risque pour se débarrasser d'un mari qui a d'ores et déjà perdu sa femme ?!... FIN SPOILERS !...
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Mais le récit prend aussi une autre tournure, se lit sous une autre facette, d'abord et avant tout avec le face à face Athanase/Noiret et Bauman/Rochefort qui est évidemment l'atout maître du film. Un face à face magnétique mais également touchant, où comment un barbouze professionnel se met à s'attendrir pour un homme qui n'a pas peur de se ridiculiser voir même de s'humilier pour aimer et être aimer d'une femme. Bauman/Rochefort n'est pas l'homme perdu par Colonna d'ailleurs, on le sait assez tôt via un autre agent ce qui annonce d'emblée que le plan ne va pas se dérouler comme prévu. Le vrai soucis du film pourtant n'est pas l'histoire du pseudo-adultère, mais bien le personnage de la terroriste Bigritt/Kreuzer, on a bien du mal à croire au coup de foudre aussi aidé que soudain du couple avec Bauman/Rochefort, mais encore moins celui de la terroriste, de surcroît l'actrice semble peu crédible en terroriste aguerrie, elle est trop lisse, trop sage, sans force et aspérité. On aurait aimé une femme plus prête à tout, quitte à s'attendrir au fur et à mesure ensuite. Le film est bel et bien un thriller d'espionnage mais avec un paramètre tendresse inattendue bien amenée, autant par le respect entre deux hommes d'univers différents, mais aussi vie un coup de foudre certe légèrement surréaliste mais qui apporte ses 2-3 passages touchants. Un film méconnu qui gagne à être redécouvert malgré ses quelques maladresses. Un bon moment.
Note :
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