Chicas Tristes (2026) de Fernanda Tovar
Premier long métrage de la mexicaine Fernanda Tovar après plusieurs courts métrages. Un projet de longue haleine comme elle l'explique :"Pendant ces huit années, nous avons cherché des subventions et des financements ; et je pense que ce rythme de travail constant m'a permis de ne jamais cesser d'écrire et de travailler sur le film. (...), Dans mon cas, j'ai compris qu'il est préférable d'avancer lentement mais sûrement." Réalisatrice-scénariste, Fernanda Tovar a, durant le processus d'écriture, reçu le soutien de la Semaine de la Critique du Festival de Cannes. Le film a été remarqué à sa sortie à la Berlinale 2026 où il a remporté l'Ours de Cristal décerné par un jury adolescent... La Maestra et Paula, deux amies inséparables, sont les meilleures nageuses de leur équipe. Mais un événement dramatique survenue au cours d'une soirée, les oblige à revoir les choses et doivent se décider entre garder le silence et prendre la parole ce qui va aussi mettre leur amitié à l'épreuve...
/image%2F0935117%2F20260812%2Fob_61f624_a4-chicas-tristes-hd-page-0001.jpg)
Les deux amies sont incarnées par Rocio Guzman aperçue dans "Dans le Terrier du Lapin Blanc" (2024) de Manolo Caro, puis Darana Alvarez pour son premier rôle au cinéma à l'instar des seconds rôles joués par Tatsumi Milori, Tomas Garcia Agraz et Lucio Lemus. Citons ensuite Monica Del Carmen vu dans "Année Bissextile" (2010) de Michael Rowe, "Despuès de Lucia" (2012) ou "Sundown" (2022) tous deux de Michel Franco et "Heroico" (2024) de David Zonana, Raul Villegas vu dans "Plan Sexenal" (2014) de Santiago Cendejas, "Bayoneta" (2018) de Kyzza Terrazas ou "MexZombies" (2022) de Chava Cartas, Luisa Almaguer aperçue dans "Guiexhuba" (2021) de Sabrina Muhate, "The Gigantes" (2021) de Beatriz Sanchis ou "Huesera" (2022) de Michelle Garza Cervera, Andrea Camacho apparu dans "Arillo de Hombre Muerto" (2024) de Alejandro Gerber Bicecci, Ayax aperçu dans "Hasta el Cielo" (2020) de Daniel Calparsoro ou "Rainbow" (2022) de Paco Leon, Hector Kuri Hernandez vu dans "El Hojo en la Cerca" (2021) de Joaquin del Paso ou "Hombres Integros" (2024) de Alejandro Andrade, puis enfin Daniel Aranzubia aperçu dans "Zozobra" (2024) de Carlos Gonzales Goygortua ou "Entre Dos Tierras" (2025) de Sebastian Del Callejo... Le film installe d'abord le contexte, soit des ados en pleine préparation d'une compétition internationale, ainsi on a la partie ado avec l'insouciance, les plaisirs, la soif de liberté et forcément les flirts, puis la partie sportive où les enjeux peuvent influer sur leur avenir. Entre l'éveil sexuel et la compétition, le sujet épineux et le style immersif on a une petite pensée pour l'excellent "Slalom" (2021) de Charlene Favier. Malgré le sujet central de l'intrigue qui monopolise le récit autant que l'esprit du spectateur ils 'avère qu'en vérité le viol ou l'agression sexuelle est moins le sujet que la sororité et l'amitié entre les deux amies. Au fil du récit on comprend que ce qui intéresse réellement la réalisatrice-scénariste est en fait l'amitié et comment la gérer, ainsi que la question de la résilience et du droit de choisir son destin comme le précise la cinéaste : "Je voulais que le film montre un refus catégorique de renoncer à notre droit à l'espace et à la poursuite de nos rêves."
/image%2F0935117%2F20260813%2Fob_a1879c_chicas-1068x457.jpg)
Ainsi, le scénario est construit sur trois lignes de lecture, le viol évidemment qu'il est impossible d'occulter, l'amitié entre les deux filles, et la réflexion autour de la responsabilité, des choix et de la reconstruction. La partie viol pousse à une forte réflexion mais la cinéaste n'y réponds pas tout en évitant un manichéisme ou une situation trop démago car si au final le viol est évident la question de la "peine" ou de l'éventuel jugement légal et juridique s'avère plus complexe... ATTENTION SPOILERS !... la scène est hors champ mais suggère le viol, impossible d'imaginer autre chose, mais ensuite si le viol est confirmé il ne repose que sur le fait que le lieu est inadéquate et sale dixit Paula/Alvarez, qui prévoyait de toute façon de faire sa première fois avec le garçon mais qui s'est retrouvé dans un lieu sans magie et sans romantisme et finalement regrette plus le lieu et la façon que l'acte lui-même, par là même le garçon est montré comme "attentionné" et d'une immaturité qui ne le dédouane pas mais qui laisse plus un goût de gâchis et de rendez-vous manqué qu'un réel constat criminel... FIN SPOILERS !... Ceci expliquant tout à fait le mal être de Paula/Alvarez qui veut avant tout digérer son agression, peut-être le comprendre et même envisage avant tout une confrontation morale et verbale avec le garçon. Ce drame permet surtout à la cinéaste d'explorer le prisme de l'agression jusqu'au notion de responsabilité-culpabilité au sein de la sororité, d'un côté Paula/Alvarez qui veut et affirme ses choix (silence et secret), de l'autre Maestra/Guzman qui veut aider son amie, se racheter aussi mais avec toues les maladresses inhérentes à une telle situation. Le scénario est remarquable de nuances, d'équilibres entre chaque facette humaine du problème, le côté juridique étant donc secondaire. La mise en scène est tout aussi judicieux, mêlant réalisme social et onirisme adolescent, où les petits moments hors du temps offrent des plans hypnotiques et enchanteurs malgré. En prime la révélation deux jeunes actrices épatantes de justesse. Un très beau film touchant et intelligent à conseiller.
Note :
![]()
![]()
![]()
/file%2F0935117%2F20241022%2Fob_cfab59_bf982c02ee39e172a259a3face755554.webp)