Ma Femme s'appelle Reviens (1982) de Patrice Leconte
Il s'agit d'une histoire originale intitulée "Singles" de Joseph Morhaim, scénariste de films très hétérogènes comme "Doc Savage arrive" (1975) de Michael Anderson et "Laura ou les Ombres de l'Eté" (1979) de David Hamilton. Le projet réunit le réalisateur-scénariste Patrice Leconte et l'acteur-scénariste Michel Blanc qui se connaissent bien depuis le dyptique "Les Bronzés" (1977-1979) avec l'équipe du Splendid, et surtout après la comédie "Viens chez Moi, j'habite chez une Copine" (1981). En effet, Michel Blanc prend de plus en plus ses distances avec ses amis du Splendid et son entente avec Patrice Leconte est alors idéale : "Je ne peux pas jouer et, en même temps, me regarder jouer. Comme nous abordons, Patrick et moi, le tournage en étant bien d'accord sur tout, en ayant ri des mêmes choses lors de l'écriture du scénario et des dialogues, il n'y a aucun problème. Je lui fais confiance. D'autant plus que mon ambition est d'être, avant tout, un bon comédien." Les deux compères se retrouveront encore sur "Circulez y a Rien à Voir" (1983), "Monsieur Hire" (1989) et malheureusement "Les Bronzés 3" (2006) tandis que finalement l'acteur se regradera bel et bien jouer très vite à partir de "Marche à l'Ombre" (1984). Le film n'est pas un grand succès, les deux acteurs principaux vont même d'ailleurs faire un peu mieux avec "Le Père Noël est une Ordure" (1982) de Jean-Marie Poiré même si sur ce dernier Michel Blanc est surtout remarqué pour une scène vocale devenue cultissime... Après cinq années de vie commune, Bernard un médecin se fait plaquer par sa femme. Une nuit, il rencontre sa nouvelle voisine Nadine, photographe de mode. Déprimés tous les deux par leur vie sentimentale, ils se rapprochent petit à petit, d'abord amicalement...
La voisine Nadine est jouée par Anémone qui après "Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine" (1977) de et avec Coluche, retrouve et retrouvera entre "Viens chez Moi j'habite chez une Copine" (1981), "Le Père Noël est une Ordure" (1982) et enfin "Sans Peur et Sans Reproches" (1988) de et avec Gérard Jugnot son partenaire et scénariste Michel Blanc qui retrouve et retrouvera également entre "Les Bronzés" (1977-1979) et "Grosse Fatigue" (1994) de lui-même en passant par "Viens chez Moi, j'habite chez une Copine" (1981) l'acteur Guy Laporte qui sera dans "Une Epoque Formidable" (1991) de Gérard Jugnot avec aussi Charlotte De Turckheim apparue avant dans "Le Maître d'Ecole" (1981) de Claude Berri et "Les Babas-Cool" (1981) de François Leterrier, tandis que Laporte sera également dans "Circulez y a rien à Voir" (1983) de Leconte dans lequel il retrouvera Jean-Michel Ribes qui mettra à son tour en scène Michel Blanc au sein d'un casting prestigieux dans "Musée Haut, Musée Bas" (2008), puis citons encore Patrick Bruel qui a fait ses débuts dans "Le Coup de Sirocco" (1979) de Alexandre Arcady et qui ne sera pas encore la star de la chanson quand il retrouvera Michel Blanc pour "Marche à l'Ombre" (1984), Christophe Malavoy remarqué auparavant dans "Le Dossier 51" (1978) et "Le Voyage en Douce" (1980) tous deux de Michel Deville, Pascale Rocard apparue dans "L'Esprit de Famille" (1979) de Jean-Pierre Blanc ou "La Frisée aux Lardons" (1979) de Alain Jaspard, Xavier Saint-Macary apparu dans "L'Animal" (1977) de Claude Zidi, "Loulou" (1980) de Maurice Pialat ou "Les Hommes préfèrent les Grosses" (1981) de et avec Josiane Balasko, puis enfin Jean-Paul Lilienfeld qui fera encore l'acteur dans "L'Eté en Pente Douce" (1987) de Gérard Krawczyk avant de passer derrière la caméra avec "Quatre Garçons pleins d'Avenir" (1997) ou "La Journée de la Jupe" (2009)... Si ce film est classé dans le genre comédie il en est plutôt éloigné en vérité, face à leurs autres coopération sur "Viens chez Moi, j'habite chez une Copine" (1981) et "Circulez y a Rien à Voir" (1983) celui-ci s'avère plus mélancolique, plus tendre, moins drôle et une dimension sociale qui ne se focalise pas sur des marginaux, mais bien sur des bobos mal dans leur peau, seul et en détresse amoureuse et/ou sexuelle. Le film n'est pas une comédie potache mais bien une chronique sociale douce amère.
Sur la forme on ne peut pas dire qu'il y ait beaucoup d'ambition, Patrice Leconte semble faire au plus simple, le juste nécessaire avec des décors sans intérêts, une photographie terne et une style venu tout droit des planches du théâtre. Mais le film surprend et dans le bon sens du terme avec un casting, dont les deux rôles principaux, qui offrent une performance à contre-courant de ce qu'ils faisaient à l'époque. Ainsi Anémone ne fait pas la clown, ne surjoue pas et est même pleine de nuances, tandis que Michel Blanc ne cabotine pas, joue sur la simple tendresse, le duo forme un couple au diapason, touchant, et qui montre et démontre qu'un couple peut s'entendre sans pour autant mêler le sexe aux sentiments, que l'amitié a des nuances infinies. Petite pensée pour le Michel Blanc médecin, qui en 1980 est seul, émouvant, à la recherche de l'amour, qu'on peut imaginer près de 40 ans plus tard dans "Docteur ?" (2019) de Tristan Séguéla, désormais médecin, toujours seul mais devenu aigri voire presque misanthrope. Une petite comédie mineure mais sympathique avec un charme nostalgique non négligeable.
Note :
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