Compétition Officielle (2022) de Mariano Cohn et Gaston Duprat

par Selenie  -  2 Juin 2022, 08:37  -  #Critiques de films

Énième film sur un film dans un film, ou un tournage au sein du film comme l'inénarrable "Tonnerre sous les Tropiques" (2008) de et avec Ben Stiller ou le tout récent "Coupez !" (2022) de Michel Hazanavicius, mais la plupart du temps il s'agit de comédies déjantées (comme les sus-citées) ou des drames qui tournent autour des relations au sein de l'équipe ou des soucis de production. Sur ce projet les deux co-réalisateurs-scénaristes ont voulu plus se pencher sur le processus créatifs des acteurs, où comment ils font par exemple pour pleurer et pour rire sur commande. Les deux cinéastes précisent : "Ce film se penche sur cette relation complexe et extraordinaire, généralement cachée à la vue du grand public." Ces deux compères sont Gaston Duprat et Mariano Cohn, et se retrouvent après déjà une vingtaine de collaborations depuis leur court métrage "We Comme Full of Dust" (1996), plusieurs autres courts et documentaires jusqu'à ce 7ème long métrage de fiction précédé notamment par "L'Artiste" (2008), "L'Homme d'à Côté" (2009), "Citoyen d'Honneur" (2016) ou "4 x 4" (2019)... Un milliardaire décide de produire un film pour laisser une empreinte dans l'Histoire. Ayant les moyens il décide d'engager les meilleurs dans leur domaine à commencer par la réalisatrice Lola Cuevas aussi belle que talentueuse, la star hollywoodienne Felix Rivera prétentieux et capricieux, puis le comédien Ivan Torres grand acteur de théâtre aussi discret que radical dans son métier. Tout pourrait aller pour le mieux, mais les deux acteurs se détestent et une guerre d'égos va compliquer le tournage...

La réalisatrice est incarnée par Penelope Cruz vue récemment dans l'oubliable "355" (2022) de Simon Kinberg, surtout muse d'un certain Pedro Almodovar avec pas moins films jusqu'à "Madres Paralelas" (2021), ce qui lui fait un point commun avec son partenaire Antonio Banderas, vu dernièrement dans "Uncharted" (2022) de Ruben Fleischer, acteur fétiche de Almodovar aussi avec pas moins de 8 films ensemble depuis "Le Labyrinthe des Passions" (1992), les deux acteurs ont pourtant joué côté à côté pour leur réalisateur seulement à deux reprises dans "Les Amants Passagers" (2013) et "Douleur et Gloire" (2019). L'autre "star" du film est interprété par Oscar Martinez vu dans "Les Nouveaux Sauvages" (2014) de Damian Szifron, "Paulina" (2015) de Santiago Mitre et qui retrouve les réalisateurs après "Citoyen d'Honneur" (2016). Citons ensuite Pilar Castro vue également chez Almodovar retrouvant Penelope Cruz entre autre dans "Volver" (2006) puis vue aussi dans "Julieta" (2016), à l'instar de Jose Luis Gomez également vu chez Almodovar dans "Etreintes Brisées" (2009) et retrouvant par là même Antonio Banderas après "La Piel que Habito" (2011), Irene Escolar vue dans "Gernika" (2016) de Koldo Serra et "La Corona Partida" (2016) de Jordi Frades, puis enfin Manolo Solo grand second couteau du cinéma latin avec par exemple "Le Labyrinthe de Pan" (2006) de Guillermo Del Toro, "Cellule 211" (2009) de Daniel Monzon, "La Isla Minima" (2014) de Alberto Rodriguez ou encore "La Colère d'un Homme Patient" (2016) de Raul Arevalo... Le film pose la question très clairement : qu'est-ce qu'on bon film ?! Et pour se faire on suit la préparation au tournage d'un film, surtout et avant tout les répétitions des acteurs principaux qui se haïssent dirigés par une réalisatrice plus ou moins originale. Trois artistes singuliers donc réunis pour préparer les scènes avant tournage, où les égo vont se percuter mais où les techniques très différentes vont se heurter. Ainsi Torres/Martinez est-il le pendant d'un comédien comme Laurence Olivier issu du théâtre, perfectionniste et imbu de son talent, Rivero/Banderas est-il plutôt le pendant d'un acteur de cinéma hollywoodien grand public, tandis que Cuevas/Cruz serait une cinéaste expérimentale et originale qui s'amuse à confronter les ego des deux acteurs

Les deux réalisateurs imposent deux choses, visuellement des décors grandioses mais impersonnels qui symbolisent sans doute les égo et/ou le vide vertueux qui les accompagne (?!), et plus subrepticement un rythme mollasson, voir ennuyeux qui semble voulu mais qui installe un ennui poli peu agréable. Le scénario est donc d'abord une succession de répétitions, sorte de mini sketchs où les acteurs répètent et forment un processus créatif sous la direction de leur réalisatrice. Un shéma redondant donc mais qui offre quelques passages savoureux plus ou moins inspirés comme la séquence de la leçon de baiser ou la destruction de l'égo "matériel". Le film est donc basé sur une idée passionnante, celle de la création de l'émotion, du processus qui amène à l'art finalement avec en filigrane cet égo omniprésent et qu'il faut aussi savoir dompter ou gérer. Le plus gros soucis reste le rythme, monotone et sans montée en puissance, ni dans l'émotion ni dans l'action. Heureusement le trio d'acteurs fonctionnent à merveille, au diapason et jouant de leur propre image avec délectation. La deuxième moitié de film est de loin la plus réussie. Un film sans doute trop "cérébral", qui reste un bon moment même si on aurait aimé plus de rebondissement ou plus d'"effets à réaction".

 

Note :                

13/20
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