Mata (2026) de Rachel Lang

par Selenie  -  29 Mai 2026, 13:42  -  #Critiques de films

Troisième long métrage de Rachel Lang après "Baden Baden" (2016) et "Mon Légionnaire" (2021). Avec ce nouveau projet, la cinéaste qui est une ancienne officier de l'armée française est parti d'un souvenir alors qu'elle rentrait d'une opération militaire quand elle a remarqué un homme en civil entouré de militaires dans un avion : "Il n'a évidemment rien révélé, mais quelques éléments ont déclenché mon imagination et mon envie d'écrire un film dans une arène où le cloisonnement et le secret sont de rigueur. Après 4 heures de vol, alors que l'avion se posait sur une base dans laquelle j'allais faire escale, l'homme est sorti, il a échangé une clef USB avec un militaire, et il est remonté dans l'avion." La réalisatrice-scénariste ajoute : "J'avais envie de faire un thriller d'espionnage car c'est une forme qui a une structure suffisamment forte pour raconter en filigrane d'autres choses : faire le portrait en creux d'une femme, parler de la solitude propre à ces milieux. Mais Mata questionne aussi sur ce que ça veut dire de s'engager ? Pourquoi on s'engage ? Jusqu'au où on va ? Qu'est-ce qui fait qu'il peut y avoir une faille dans cet engagement ? Ceux dont je parle, les "soldats de l'ombre", ce sont des gens qui s'engagent sans que personne ne soit au courant. Ils vont potentiellement mourir pour la France sans qu'il y ait un hommage aux Invalides, ni un drapeau tricolore sur leur cercueil. C'est un engagement qui est total et complètement caché." Pour son projet la cinéaste a pu avoir le soutien logistique de la DGSE (service d'espionnage français), et notamment les quatre acteurs principaux ont fait l'expérience d'un stage initiatique clandestin, un stage assez confidentiel pour qu'ils aient dû signé un contrat de confidentialité. La cinéaste précise sur ce stage : "Il s'agissait de leur faire comprendre les rapports de fraternité d'arme et de goûter à ce monde du secret. Ils ont vécu la gestion de leur propre paranoïa, expérimenté le goût de l'adrénaline, et très peu dormi !" Rachel Lang cite comme référence les séries TV "Homeland" (2011-2020), "Le Bureau des Légendes" (2015-2020) et "The Americans" (2013-2018) et surtout les films "Conversations Secrètes" (1974) de Francis Ford Coppola, "Les Trois Jours du Condor" (1975) de Sidney Pollack, "Les Patriotes" (1994) de Eric Rochant, "Les Infiltrés" (2006) de Martin Scorcese et "Zero Dark Thirty" (2013) de Kathryn Bigelow...  

Lors d'une opération clandestine au Niger, Mata, une agente de la DGSE perd la trace de son compagnon Antoine, capturé sur place tandis qu'elle est rapatriée blessée. Affectée dans un autre service, elle se saisit d'une mission de contre-espionnage qui semble relier à l'embuscade au Niger... Le rôle titre est incarnée par Eye Haïdara vue récemment dans "La Maison des Femmes" (2026) de Mélisa Godet, "Six Jours, ce Printemps-Là" (2026) de Joachim Lafosse et "L'Objet du Délit" (2026) de et avec Agnès Jaoui, tandis qu'Antoine est joué par Raphaël Personnaz vu dernièrement dans "Boléro" (2024) de Anne Fontaine et "La Femme la Plus Riche du Monde" (2025) de Thierry Klifa. Citons ensuite Hakim Jemili surtout vu dans des comédies depuis "Docteur ?" (2019) de Tristan Séguéla, vu dans son premier film "sérieux" dans "Mercato" (2025) de Tristan Séguéla et vu tout récemment dans "Bagarre" (2026) de Julien Royal et "Tout va Super" (2026) de Patrick Cassir, Mélanie Laurent qui a été tueuse dans "Requiem pour une Tueuse" (2011) de Jérôme Le Maire et "Six Underground" (2019) de Michael Bay, et retrouve après son propre "Respire" (2014) et "Qui brille au Combat" (2025) sa partenaire Joséphine Japy vue récemment dans "Ma Mère, Dieu et Sylvie Vartan" (2025) de Ken Scott et retrouve aussi après "Spitak" (2018) de Alexandre Kott l'acteur russe Alexandre Kouznetsov qui était dans "Mon Légionnaire" (2021) et vu depuis dans "Heads of State" (2025) de Ilia Naïchouller ou "Deux Procureurs" (2025) de Sergueï Loznitsa, puis Chloé Jouannet vue dans "Notre-Dame brûle" (2022) de Jean-Jacques Annaud ou "Mon Héroïne" (2023) de Noémie Lefort... Il n'y a pas tant de films d'espionnage que ça en France, outre les "Coplan" ou les "OSS 117" et dans des fantaisies plus ou moins assumées, le genre espionnage est plutôt peu assumé en France. Citons par exemple "Le Silencieux" (1973) de Claude Pinoteau, "Le Professionnel" (1981) de Georges Lautner"Espion, Lève-Toi" (1982) de Yves Boisset, "Secret Défense" (2008) de Philippe Haïm, "Möbius" (2013) de Eric Rochant voir "Badh" (2025) de Guillaume de Fontenay, mais comparé à ce dernier surtout Rachel Lang en prend le parfait contre-pied. Ainsi, ce film supprime paradoxalement toute dimension film d'action alors que son héroïne fait justement partie du service Action des services secrets. Un choix plutôt judicieux, rappelant que les Services Secrets reposent avant tout sur un travail de fourmis, sur des missions en sous-marins, à de surveillance et des rapports en col blancs. 

Le film est donc un thriller d'espionnage qui se raconte plus dans les coulisses des couloirs ternes de la DGSE et dans des missions en vidéosurveillance, on est loin du film d'action malgré deux courtes séquences qui ne marquera ni la rétine ni la mémoire. L'intrigue elle-même aurait pu être un peu plus alambiqué et moins évidente dans son évolution même si le conclusion est réussie. Il y a quelques facilités comme la fillette muette qui ajoute une pièce aux forceps dans l'échelle de nos émotions, où comment Rachel Lang reprend un peu bêtement tout le cahier des charges inhérents au genre avec des bureaux de la DGSE gris, froid, et déshumanisés, des collègues et une hiérarchie composé d'hommes tout aussi froid et mutique. Bref rien de bien neuf, en 2026 on aurait pu espérer autre chose que des éléments visuels comme narratifs un peu surannés pour ne pas dire anachroniques. Pourtant, le scénario est plutôt bien construit, malgré un suspense timoré ça reste prenant même si on se demande quand est-ce que Mata/Haïdara va vraiment agir et réagir, son personnage parle et dit beaucoup de chose mais tergiverse trop et subit toujours sans atteindre le rôle réel de "héroïne" ; ça reste le soucis, à éviter l'action et le spectaculaire on s'impatiente. On perçoit le propose de la réalisatrice-scénariste, elle pose des questions sur les tenants et aboutissants comme est-ce la fin justifie les moyens ?! Mais il y a aussi l'aspect militaire et l'adage "Réfléchir c'est déjà désobéir". Néanmoins, si on apprécie le film d'espionnage plus clinique et "cérébral" que physique et démonstratif il manque une véritable monté en puissance et aurait pu être plus tendu. Résultat, Rachel Lang signe un film d'espionnage intéressant mais trop timoré et trop sage.

 

Note :                 

10/20

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :