Hope (2026) de Na Hong-Jin
Une décennie que le réalisateur Na Hong-Jin avait disparu des radars alors même qui'il était devenu un des meilleurs cinéastes sud-coréens après avoir signé trois des meilleurs thrillers de la période avec "The Chaser" (2008), "The Murderer" (2010) et "The Strangers" (2016). Réalisateur-scénariste il aurait eu l'idée vers 2017-2018 et commence aussitôt à écrire. Il rencontre ensuite le mexicain Alfonso Cuaron, réalisateur de "Les Fils de l'Homme" (2006) ou "Gravity" (2013) avec qui il collabore pour finaliser le film et notamment l'ambition de prévoir une trilogie avec un budget total qui dépasserait les 100 milliards de won (soit près de 67 millions d'euros) avec une première partie qui serait supérieur au budget du dyptique "Alienoid" (2022-2024) de Choi Dong-Hoon qui est alors la production la plus onéreuse du cinéma sud-coréen. Finalement le projet prend du retard avec la pandémie de Covid et le confrère mexicain finit par quitter le projet. En 2022, Na Hong-Jin confirme son prochain film tout en précisant que cette fois la trilogie sera sujette au résultat au box-office. Si les suites restent hypothétiques c'est aussi sans doute parce que le budget a explosé atteignant les 100 millions de won uniquement pour ce long métrage de 2h40. Notons que le réalisateur-scénariste retrouve après "The Strangers" (2016) Hong Kyung-Pyo Directeur Photo connu pour sa collaboration avec Bong Joon-Ho sur "Mother" (2009), "Snowpiercer" (2013) et "Parasite" (2019), puis qu'il a fait appel pour la musique à Michael Abels, compositeur connu pour avoir signé les B.O. de "Get Out" (2017), "Us" (2019) et "Nope" (2022) tous trois de Jordan Peele. Le film est interdit au moins de 15 ans non accompagné en Corée du Sud...
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Alors que les secours sont tous partis pour tenter de maîtrise des feux de forêts, le village de Hope qui se trouve en zone démilitarisée entre Corée du Nord et Corée du Sud, est coupé du monde les lignes de communication étant endommagées. Au poste de police il ne reste plus que les officiers Bum-Seok et Sung-Ae qui font leur possible pour venir en aide à une population vieillissante, quand il découvre une mystérieuse entité extraterrestre le problème devient bien différents... Les deux officiers de police sont joués par Hwang Jeong-Min qui retrouve une partie de l'équipe après "The Strangers" (2016) et vu notamment dans "A Bittersweet Life" (2005) de Kim Jee-Woon, "Battleship Island" (2017) de Ryoo Seung-Wan, "Deliver Us From Evil" (2020) de Hong Won-Chan ou "Kill Bok-Soon" (2023) de Byun Sung-Hyun, puis Jung Ho-Yeon dans son premier rôle au cinéma après avoir été révélé dans la série TV culte "Squid Game" (2021). Citons ensuite parmi les sud-coréens Jo In-Sung vu dans "The Great Battle" (2018) de Kim Kwang-Sik, "Smugglers" (2021) et "Humint" (2026) tous deux de Ryoo Seung-Wan, Eum Moon-Suk apparu dans "The Roundup" (2022) de Lee Sang-Yong ou "Love Barista" (2025) de Kim Seong-Hoon. Les entités extraterrestres sont incarnés par Alicia Vikander vue dernièrement dans "Le Jeu de la Reine" (2023) de Karim Aïnouz, "Rumours, Nuit Blanche au Sommet" (2024) de Guy Maddin et les frères Johnson et "Le Mage du Kremlin" (2025) de Olivier Assayas et retrouve après leur premier film ensemble "Une Vie entre Deux Océans" (2016) de Derek Cianfrance son époux à la ville Michael Fassbender vu dans "Une Equipe de Rêve" (2023) de Taika Waititi, "The Killer" (2023) de David Fincher, "Kneecap" (2024) de Rich Peppiatt et "The Insider" (2025) de Steven Soderbergh, Taylor Russell vue dans "Blackwood, le Pensionnat" (2018) de Rodrigo Cortès et surtout "Bones and All" (2022) de Luca Guadagnino, et enfin Cameron Britton apparu dans "Le Pire Voisin au Monde" (2022) de Marc Forster ou "Mickey 17" (2025) de Bong Joon-Ho... Le film débute sur un cadavre singulier, un cadavre décharé qui sous-entend une future enquête entre "Le Pacte des Loups" (2001) de Christoph Gans et "Memories of Murder" (2003) de Bong Joon-Ho. Le policier/Jeong-Min s'interroge déjà sur le "monstre" qui aurait pu faire un tel carnage. Vu les films précédents du réalisateur Na Hong-Jin on s'attend à une mise en place de l'intrigue façon thriller psychologique, avec un suspense latent mais pas du tout ! Le réalisateur nous surprend très vite avec un rythme qui s'accélère brutalement avec une course-poursuite effrénée qui ne nous lâchera (presque) plus. Une chasse à l'homme s'organise dans un flou artistique où se mêle d'emblée deux paramètres très terre à terre : la panique générale logique et inhérente à n'importe quel être humain devant un tel massacre, puis le contexte géo-politique coréen sous-jacent qui nous est rappelé en filigrane puisque le Hope Harbour est en lisière de la zone démilitarisée qui fait tampon entre la Corée di Nord et la Corée du Sud. Et si cela peut paraître des détails ça ne l'ai certainement pas. En effet, la panique générale permet au film un mélange des genres aussi savoureux qu'audacieux, les protagonistes sont parfois maladroits, stupides voir même débiles, souvent pathétiques, les héros en le sont jamais vraiment, la lâcheté s'unit souvent à l'opportunisme, le courage n'empêche pas la bêtise, bref, les protagonistes nous rappellent qu'ils ne sont finalement que humains. Puis le contexte géo-politique coréen est assez spécifique pour expliquer et/ou comprendre que les habitants sont armés "à l'américaine", rappelant le danger que représente leurs voisins et cousins du Nord. Deux paramètres, rappelons-le, qui ne sont pas des détails mais des éléments judicieux qui donnent du corps à une intrigue qui n'a encore rien dévoilée à l'écran.
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La course-poursuite s'apparente à une chasse à l'homme qui vire aussitôt en chasse au monstre mais dont le réalisateur à l'idée lumineuse de filmer en suivant quasi exclusivement le policier qui semble poursuivre un fantôme ou une chimère. La créature est toujours hors champs, les violences ou les meurtres aussi violents que sanglants sont souvent hors cadre ou en plan si large qu'on ne peut qu'imaginer le jeu de massacre. Le village est un terrain de jeu pour un monstre bien mystérieux. D'emblée le cinéaste impose un mix étonnant et détonant entre action et gag, entre séquence gore et sanguinolente et ton décalé et humour noir toujours dans un sens du rythme implacable à couper le souffle. Puis arrive une césure où le "monstre" nous est dévoilé, quasi au moment où on comprend un premier twist, classique mais toujours efficace, le dénouement final semble alors se dessiner mais là encore le réalisateur surprend son monde. Il reste près d'une heure. Le film fait un virage en dévoilant coup sur coup des éléments qui font que le western urbain horrifique font que les chasseurs (le film !) changent leur fusil d'épaule pour un pur film de SF aussi tonitruant que survitaminé. Alors qu'on était dans un OFNI (Objet Filmé Non Identifié) multi-référencé entre "Predator" (1987) de John McTiernan et "The Host" (2006) de Bong Joon-Ho le film vire soudainement dans un autre univers, post-apocalyptique toujours mais cette fois plutôt dans un prémice à "La Guerre des Mondes" (2005) de Steven Spielberg. Le film devient vraiment fou, le ton frôle parfois le grotesque, joue avec les lignes jaunes des genres et des styles en tous genres, dans un rythme jubilatoire jusqu'à l'overdose parfois mais qui rebondit toujours assez vite pour relancer la folie aussi primaire que débridée jusqu'à un grand final à la fois pleine d'esbrouffe, de délire visuel dingue où on se demande jusqu'où Na Hong-Jin peut aller sans chuter lourdement ?! Malgré tout on se dit que les 2h30 sont une limite heureusement pas franchie, qu'il était temps, que cette histoire sous perfusion d'adrénaline est d'une ambition et d'une audace dingue qui peut désarçonner ; un film complètement décomplexé mais qui s'assume et assure jusqu'au bout son ambition autant que son audace. Un véritable feu d'artifice mêlant les genres avec gourmandises et jubilation entre gag parodique ou cynique, gore et guerre. En prime un "bestiaire" magnifique mêlant là aussi une "génétique" inspirée stylée. Le film idéal pour contrebalancer les blockbusters américains souvent trop conformistes et trop calibrés. Un grand film jouissif et fun, spectaculaire à tout point de vue qui a pris des risques jusqu'au point de rupture, mais ça tient ! A voir et à conseiller !
Note :
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