De nos Frères Blessés (2022) de Hélier Cisterne

par Selenie  -  28 Juin 2022, 15:37  -  #Critiques de films

2nd long métrage seulement pour Hélier Cisterne après "Vandal" (2013), et après avoir entre temps réaliser plusieurs épisodes de la série TV "Le Bureau des Légendes" (2015). Ce projet est né après avoir été conseillé par sa conjointe, la réalisatrice-scénariste Katell Quillévéré, de lire le roman éponyme (2016) de Joseph Andras, prix Goncourt du premier roman, qui retrace le destin de Fernand Iveton (Tout savoir ICI !). Ainsi il porte à l'écran la vie de l'unique européen guillotiné durant la guerre d'Algérie. Le scénario est co-signé logiquement de sa conjointe Katell Quillévéré, réalisatrice des films "Un Poison Violent" (2010), "Suzanne" (2013) et "Réparer les Vivants" (2016), en collaboration avec Antoine Barraud, réalisateur lui des films "Le Dos Rouge" (2015) et du récent "Madeleine Collins" (2021). Le film est une co-production franco-algérienne, ce qui n'est pas anodin au vu du sujet : "Sans la volonté du pouvoir, on n'aurait rien pu faire, mais sans l'aide d'une jeune génération plus indépendante, non plus. Il faut savoir que là-bas, Iveton est considéré comme un moudjahid (un combattant révolutionnaire), il est très respecté par les intellectuels et les anciens combattants. Ce qui est intéressant quand on arrive en Algérie avec un tel sujet, c'ets que tout le monde était très bienveillant mais chez les plus jeunes la réaction c'était, "ah, encore un film sur la révolution" "Encore un film d'ancien combattant"...

1954, Hélène et Fernand tombent amoureux, elle le suit en Algérie et découvre un pays pour lequel Fernand est terriblement attaché. Mais alors que la guerre d'indépendance est de plus en plus présente, Hélène découvre que Fernand est devenu actif dans cette guerre jusqu'à ce qu'il soit finalement arrêté... Fernand Iveton est incarné par Vincent Lacoste qui assume un rôle comme une nouvelle pierre à sa carrière qu'il étoffe singulièrement depuis "Plaire, Aimer et Courir Vite" (2018) et "Chambre 212" (2019) tous deux de Christophe Honoré, jusqu'à son tout récent César pour sa performance dans "Illusions Perdues" (2021) de Xavier Giannoli. Son épouse Hélène est interprétée par la luxembourgeoise Vicky Krieps qui, après des années dans l'ombre, a été spécialement remarquée dans "Phantom thread" (2017) de Paul Thomas Anderson et vue depuis dans "Serre-Moi Fort" (2021) de Mathieu Amalric, "Bergman Island" (2021) de Mia Hansen-Love ou "Old" (2021) de M. Night Shyamalan. À leurs côtés citons Marc Brunet vu entre autre dans "Marie Baie des Anges" (1997) de Manuel Pradal, "Darling" (2006) de Christine Carrière ou "L'Amour est une Fête" (2018) de Cédric Anger, Yoann Zimmer vu dans "Été 85" (2020) de François Ozon et "Des Hommes" (2021) de Lucas Belvaux (ce dernier ayant comme propos le guerre d'Algérie également), Meriem Medjkane vue dans "Les Terrasses" (2013) de Merzak Allouache, "Les Jours d'Avant" (2014) de Karim Moussaoui et "Papicha" (2019) de Mounia Meddour, puis enfin citons Hassen Ferhani qui fait l'acteur après avoir été réalisateur des films "Dans la Tête un Rond-Point" (2015) et "143 rue du Désert" (2019)... Le film se veut un biopic sérieux et honnête sur le seul "européen" exécuté durant la guerre d'Algérie ; il est là aussi assez marrant (sarcasme) de voir que les nuances ou amalgames avec français, algérien ou pied-noir semblent bien aléatoires. Ainsi le film s'attache selon sa réalisatrice à une seule chose : "Le film met en scène ou évoque une partie infime de toutes ces pratiques qui existent alors et se systématisent à partir de 1956, pour devenir courantes pendant tout ce conflit alors même que c'est une "république" qui mène cette guerre dirigée par la gauche modérée jusqu'en 1958 qui plus est. Convoquer ces éléments, c'est aussi refuser qu'on puisse les ignorer, mais la question cinématographique est celle de leur représentation." Ainsi, si le cinéaste rappelle que le pire a été mis en place par une "gauche modérée" elle insiste sur les horreurs commises par les français mais elle tait ou omet les mêmes horreurs commises par les algériens.

D'abord en insistant sur la "petite bombe" sans gravité de ce Fernand Iveton, puis en montrant la vie de cet homme finalement pas si courageux et surtout naïf ou paumé comme un petit garçon qui ne semble jamais savoir réellement ce qu'il fait. Le pire est que le film use de procédés utilisés en temps de propagande, par exemple le film occulte le fait que Iveton ait dénoncé deux complices, et que malgré tout il existait une seconde bombe dont on ne sait rien et sur laquelle Iveton ne révèle rien notamment sur sa dangerosité. Bref le film est trop dirigé et sous-exploité sur le propos de fond pour être pleinement convaincant. D'ailleurs la construction narrative entre présent (1957) et flash-backs démontre que Iveton est un personnage inconsistant, à l'intérêt peu étoffé, comme un simple pion sans envergure. 1h35 de film, partagé quasiment à 50-50 entre présent et passé pour finalement n'être touché par son épouse/Krieps qui se retrouve témoin d'un drame personnel sur lequel elle n'a aucun pouvoir, l'émotion ne vient que parce qu'elle est un dommage collatéral d'événements qui la dépassent et dont elle ne voulait rien savoir ; on notera que la plus belle reste le dernier parloir. Le réalisateur signe un drame intéressant pour l'anecdote historique.

 

Note :                 

12/20
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