Django Unchained (2013) de Quentin Tarantino
Après la Seconde Guerre Mondiale revisitée dans "Inglourious Basterds" (2009) Quentin Tarantino se lance enfin dans un genre fait pour lui, le western ou plutôt le western spaghetti. Le coup de génie du réalisateur-scénariste est de mêler dans son histoire les éléments de l'esclavagisme inhérents au Sud dans une époque pré-Guerre de Sécession avec des paramètres spécifiques au Spaghetti. Au départ il voulait surtout rendre un hommage à Sergio Leone, mais alors qu'il prévoyait le titre "The Angel, the Bad and the Wise" il apprend qu'on autre projet au titre similaire est en projet réalisé par Franco Nero avec les acteurs Keith Carradine et Treat Williams et qu'il était même prévu un camép de Robert Rodriguez et de Tarantino lui-même ! Tarantino modifie son histoire pour se focaliser non plus sur Sergio Leone mais plus directement sur un autre grand classique du Spaghetti, "Django" (1966) de Sergio Corbucci qui avait en tête d'affiche un certain... Franco Nero ! Finalement le réalisateur-cinéphile convainc Franco Nero et seul le projet de Tarantino voit le jour avec un hommage appuyé pour Django/Nero évidemment. Le film est une réussite nommée cinq fois aux Oscars dont deux statuettes pour le meilleur scénario et surtout un second Oscar pour l'acteur Christoph Waltz pour son rôle d'anti-raciste après celui, ironie du sort, qu'il avait obtenu pour son rôle de raciste dans "Inglourious Basterds" (2009) ! Le film cartonne auprès du public également engrangeant plus de 425 millions de dollars au box-office Monde dont plus de 4.3 millions d'entrées France ce qui fait de ce film le plus gros succès de Tarantino malgré une polémique vaine autour de la violence du film. D'ailleurs le film est classé R interdit au moins de 17 ans non accompagné, dans de nombreux autres pays interdiction au moins de 16 ans, en France interdit au moins de 12 ans... 1858, dans le sud des Etats-Unis, le Dr King Shultz, un chasseur de prime d'origine allemande fait l'acquisition de Django, esclave qui peut l'aider à retrouver trois fugitifs. Il promet à l'esclave de lui offrir la liberté après la mission. Mais Django veut surtout retrouver son épouse, esclave également. Après plusieurs mois, Django est désormais libre et associé de Shultz avec l'aide de qui il retrouve son épouse Broomhilda, qui est malheureusement la prorpiété de Clavin Candie un puissant propriétaire amateur de lutte à mort d'esclaves. Les deux associés vont alors planifier un plan pour acquérir Broomhilda sans que Candie ne se méfie...
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Le Dr King Schultz est joué par Christoph Walts qui retrouve donc son réalisateur après leur succès "Inglourious Basterds" (2009), tandis que le rôle titre, après heureusement le refus de la star Will Smith, revient à Jamie Foxx vu dans "Collatéral" (2004) de Michael Mann et "Ray" (2004) de Taylor Hackford après lequel il retrouve son "épouse" Kerry Washington qui retrouve aussi de son côté après "Harcelés" (2008) de Neil LaBute et "Mother and Child" (2010) de Rodrigo Garcia leur partenaire Samuel L. Jakcson fidèle de Tarantino depuis "True Romance" (1993) de Tony Scott et qui rencontre ainsi son "aïeule" puisqu'il incarne le fameux "Shaft" (2000) de John Singleton et dans une version (2019) de Tim Story. Le propriétaire Calvin Candie est incarné par Leonardo Di Caprio qui retrouve l'époque de "Mort ou Vif" (1995) de Sam Raimi, "Gangs of New-York" (2002) de Martin Scorcese ou plus tard "The Revenant" (2015) de Alejandro Gonzales Inarritu, la star retrouvera Tarantino dans "Once Upon a Time in Hollywood" (2019) à l'instar de plusieurs autres acteurs dont Nichole Galicia, David Steen qui était aussi dans "Reservoir Dogs" (1992), James Remar qui après "Wild Bill" (1995) de Walter Hill rerouvera pour la 3ème fois Bruce Dern qui jouera dans l'homonyme "Wild Bill" (2017) de Timothy Woodward Jr. avant de jouer dans "Les Huit Salopards" (2015) dans lequel joueront Walton Goggins et Dana Michelle Gourrier, qui retrouveront encore Zoe Bell qui suit Tarantino depuis "Boulevard de la Mort" (2007) comme James Parks qui était également dans "Kill Bill" (2003-2004) à l'instar de Michael Bowen qui joue ici aux côtés de son demi-frère Robert Carradine qui a joué avec sa fratrie dans "Le Gang des frères James" (1980) de Walter Hill retrouvant donc James Remar. Citons ensuite James Parks fidèle de Tarantino de "Kill Bill" (2003-2004) à "Les Huit Salopards" (2015) et surtout rejoint son père Michael Parks après le fameux dyptique Grndhouse en duo Rodriguez-Tarantino, le père étant déjà dans la famille depuis "Une Nuit en Enfer" (1996) retrouvant donc aussi Jake Garber maquilleur réputé sur plus de 140 films qui avait fait une apparition dans "Inglourious Basterds" (2009), retrouvant ainsi l'autre légende du maquillage Tom Savini qui retrouvera Robert Rodriguez sur le dyptique "Machete" (2010-2013) dans lequel sera aussi Walton Goggins qui retrouvera plusieurs partenaires dans "Les Huit Salopards" (2015). Citons encore Don Johnson connu surtout pour la série TV culte "Deux Flics à Miami" (1984-1990), Tom Wopat connu lui aussi pour une autre série TV culte "Shérif, fais-moi Peur" (1979-1985), Laura Cayouette aperçue dans "Kill Bill" (2003-2004), Omar J. Dorsey qui retrouvera la même période esclavagiste dans "Harriet" (2019) de Kasi Lemmons, John Jarratt alors en pleine franchise "Wolf Creek" (2005-2016), Rex Linn vu au far-west dans "Appaloosa" (2008) de et avec Ed Harris puis auprès de Kevin Costner dans "Wyatt Earp" (1994) de Lawrence Kasdan à l'instar de son partenaire James Russo qui tourne et joue avec ce dernier dans "The Postman" (1998), "Open Range" (2004) et tout récemment dans "Horizon : une Saga Américaine" (2024), puis les caméos de Jonah Hill acteur fétiche des comédies siglées Judd Apatow, le duo père-fille Russ Tamblyn star de "West Side Story" (1961) de Robert Wise et Amber Tamblyn apparue dans "Le Cercle" (2002) de Gore Verbinski ou "127 Heures" (2010) de Danny Boyle, puis enfin n'oublions pas le caméo de Franco Nero star du western spaghetti dans une douzaine de films entre "Django" (1966) et "Keoma" (1976) de Enzo G. Castellari...
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D'emblée Tarantino inscrit son film entre le classicisme de l'Âge d'Or et le contexte de l'esclavage avec une scène d'ouverture qui marque les esprits par une iconographie malaisante (chaînes, esclaves, violences, justicier, duel) associé au Spaghetti symbolisé par la musique mythique repris de la B.O. du "Django" (1966) originel. Néanmoins, Tarantino ne peut délaisser Sergio Leone et emprunte ensuite beaucoup et logiquement au maestro Ennio Morricone. Idem le cinéaste soigne les décors et les costumes, mêlant les deux côtés de l'Atlantique, n'omettant pas les paysages arides et secs d'un côté, puis le côté oasis venimeux des plantations tandis qu'il en profite pour distiller des clins d'oeil comme on les aime avec les costumes ; ainsi le costume de laquais de Django est tiré du tableau "L'Enfant Bleu" de Thomas Gainsborough, le costume de Candie/Di Caprio est inspiré de Rhett Butler alias Clark Gable dans "Autant en Emporte le Vent" (1939) de Victor Fleming, et le costume de Broomhilda à la fin du film renvoie à celle de l'actrice Ida Galli dans le Spaghetti "Le Dollar Troué" (1965) de Giorgio Ferroni. Il faut saluer l'audace du réalisateur sur deux points ; un héros noir et esclave (pas une fois libre car volé par l'allemand) placé en 1858 soit avant l'abolition (la plupart des westerns se déroulent après), et il n'hésite pas à user et abuser du terme "nigger" (nègre) terme extrêmement tabou (quasi interdit) aux Etats-Unis... Et en même temps il aurait été anachronique de faire autrement. Le scénario se décompose en plusieurs partie, l'évolution de l'histoire est justifiée et maitrisée mais on constate qu'une partie râtée ; en effet celle du Ku Klux Klan est hors sujet, doté d'un humour potache, facile et peu inspiré et certainement pas drôle...
Heureusement ça ne dure pas long et la violence nous replace directement dans le contexte. La reconstitution est superbe (Candieland est en lieu et place de Evergreen réelle plantation négrière), parsemée néanmoins de signes qui ne trompent pas avec un parallèle vis à vis de "Inglourious Basterds" qui aurait pu être un poil plus subtil... Candie (DiCaprio) en démon princier drapé de rouge fait penser au Nazi aristo cinglé Hans Landa justement interprété par Christopher Waltz qui, lui, n'a pas perdu son verbe tandis que Les esclaves étant le parallèle des juifs évidemment... Tarantino à l'intelligence d'éviter l'écueil du manichéïsme, un black collabo (Samuel L. Jackson énormissime !) serviteur aimant et dévoué en est le parfait exemple mais n'oublions pas aussi que le héros est prêt à tout pour sauver sa belle ; magnifique et effroyable scène où (pour une fois) le héros se refuse à jouer le samaritain pour se garder une chance de poursuivre sa quête. Notons évidemment les caméos très nombreux (Franco Nero ex"Django" 66, Tom Savini maitre maquilleur, Jonah Hill comique... etc...) et de clins d'oeil en pagaille comme le nom de l'esclave Broomhilda Von Shaft ("Shaft" figure emblématique de la blaxploitation) ou la présence du marshall Michael Parks déjà vu dans les précédents film de Tarantino. Des références personnels de QT qui n'interfèrent jamais dans la qualité du film, avec un tel nombre de références c'est assez inouï ! La violence est toujours aussi présente et stylisée pour notre plus grand plaisir. Le montage me semble pas toujours juste (premier de ses films non monté par Sally Meneke décédée en 2010 et remplacée par Fred Raskin qui poursuivra la collaboration), surtout période Ku klux Klan tandis qu'on peut noter quelques anachronismes (peu important) ; le KKK ne fut créé qu'en 1865 par exemple et le fusil à répétition style winchester n'existait pas encore. Rien de grave. En résumé une oeuvre riche et foisonnante, des acteurs toujours aussi bien choisis (Jamie Foxx est mille fois meilleur qu'un Will Smith, hourra !) et toute la verve de Tarantino bien présente font de cette oeuvre un énième film jouissif et fun mais il est peut-être son film le moins abouti la faute à ce passage KKK bien maladroit.
Note :
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