L'Objet du Délit (2026) de Agnès Jaoui
5ème long métrage de Agnès Jaoui depuis "Le Goût des Autres" (2000) et après "Place Publique" (2018). Une longue attente puisqu'elle lui a fallu faire son deuil pour pouvoir signer son premier film, son premier scénario sans son acolyte Jean-Pierre Bacri exception faite de son travail sur "L'Art de la Fugue" (2015) de Brice Cauvin. Avec ce film la cinéaste voulait allier sa passion pour l'opéra avec ses interrogations sur l'égalité des sexes : "Si on s'intéresse à l'histoire du féminisme, et bien avant que le mot ne soit inventé, car la demande d'égalité entre les hommes et les femmes date de la naissance de l'humanité, on remarque que chaque avancée n'est jamais définitivement acquise, et que des réflexes archaïques demeurent. (...) Je voulais donc m'interroger sur les raisons de cette éternelle résistance, et sur les moyens d'y remédier. Faut-il être pédagogue pour contrecarrer les réticences, ou au contraire plus radical ?" Ainsi, son choix pour l'opéra s'est arrêté sur "Les Noces de Figaro" (1786) de Beaumarchais car il parle justement de la domination masculine entre autre sujet comme les rapports de classe. L'écriture du scénario a été compliqué pour la réalisatrice-scénariste, qui a dû aussi repenser sa façon de créer et d'écrire sans Bacri, c'est ainsi qu'elle a collaboré avec quatre co-scénaristes et dialoguistes différents, Emmanuel Salinger qui a notamment écrit pour "La Sentinelle" (1992) de Arnaud Desplechin ou "Petites Coupures" (2003) de Pascal Bonitzer, Son propre frère Laurent Jaoui qui a surtécrit ses propres films comme "La Fonte des Neiges" (2003) ou "La Guerre des Ondes" (2014), Noé Debré qui a co-écrit "La Crème de la Crème" (2014) de Kim Chapiron, "Dheepan" (2015) de Jacques Audiard ou "Sillwater" (2021) de Tom McCarthy, puis Florence Seyvos autrice de littérature jeunesse surtout connue comme la co-scénariste de Noémie Lvovsky sur tous ses films depuis "La Vie ne me fait pas Peur" (1999)... Dans les coulisses d'une ambitieuse production de l'opéra "Les Noces de Figaro", les tensions montent lorsqu'une accusation d'agression sexuelle éclate, mettant en péril la production. Bientôt les conflits d'opinion et de générations se font jour forçant chacun et chacune à prendre position...
/image%2F0935117%2F20260524%2Fob_096566_f113b78c6126c1a49a0168d53497267c.jpg)
A la tête de son casting la cinéaste elle-même, Agnès Jaoui vue dernièrement dans "Le Dernier des Juifs" (2024) de son co-scénariste Noé Debré, "La Vie de ma Mère" (2024) de Julien Carpentier ou "Ma Vie, ma Gueule" (2024) de Sophie Fillières, et retrouve après "Parlez-Moi de la Pluie" (2007) l'acteur Jean-Claude Baudracco aperçu récemment dans "L'Homme qui a vu l'Ours qui a vu l'Homme" (2025) de et avec Pierre Richard, puis retrouve aussi après "Place Publique" (2018) l'actrice Evelyne Buyle vue plus récemment dans "De Mauvais Foi" (2025) de Albéric Saint-Martin et "Doux Jésus" (2025) de Frédéric Quiring. Citons ensuite Daniel Auteuil vue récemment dans "Le Fil" (2024) de lui-même et "Vie Privée" (2025) de Rebecca Zlotowski, Eye Haïdara vue dans "Six Jours, ce Printemps-Là" (2025) de Joachim Lafosse et le tout récent "Mata" (2026) de Rachel Lang, Claire Chust vue dans "Les Chèvres !" (2024) de Fred Cavayé ou "Un Mariage sans Fin" (2025) de Patrick Cassir et retrouve après "Le Million" (2025) de Grégoire Vigneron son partenaire Jean-Luc Couchard vu dernièrement dans "Apaches" (2023) de Roman Quirot ou "3 Jours Max" (2023) de et avec Tarek Boudali, Oussama Kheddam apparu dans "Rien à Perdre" (2023) de Delphine Deloget ou "Une Année Difficile" (2024) du duo Toledano-Nakache, Lucie Gallo vue entre autre dans "Une Fille qui va Bien" (2021) de Sandrine Kiberlain ou "Le Beau Rôle" (2024) de Victor Rodenbach, Tiphaine Daviot aperçue dans "Avec ou Sans Enfants ?" (2025) de Elsa Blayau ou "L'Arnaqueuse" (2026) de Wilfried Méance, Loïc Legendre apparu dans "Le Tigre et le Président" (2022) de Jean-Marc Peyrefitte ou "Une Fille en Or" (2026) de Jean-Luc Gaget, Vincenzo Amato vu dans "L'Immensità" (2022) de Emmanuele Crialese ou "Une Affaire de Principe (2024) de Antoine Raimbault, Patrick Mille vu dans le dyptique "Les Trois Mousquetaires" (2023) de Martin Bourboulon ou "Lee Miller" (2023) de Ellen Kuras, Hervé Pierre aperçu dans "Les Promesses" (2022) de Thomas Kruithof ou "Maigret" (2022) de Patrice Leconte, Emmanuel Salinger scénariste mais aussi acteur notamment dans "La Passion de Dodin Bouffant" (2023) de Tran Anh Hung ou "Je le Jure" (2025) de Samuel Theis, puis enfin Jacques Weber grand homme de théâtre de retour sur grand écran après "Le Monde d'Hier" (2022) de Diastème et "L'Origine du Mal" (2022) de Sébastien Marnier... Dans un monde post-#MeToo dominé par un féminisme woke 2.0 aussi intolérant que castrateur le sujet du féminisme dans sa globalité et des violences sexuelles est une gageure d'autant plus quand il est abordé par le prisme de la comédie chorale. Et finalement, après avoir vu le film on se dit que qui d'autre que Agnès Jaoui pouvait réussir un tel film, une comédie aussi judicieuse en traitant de ces sujets sans oublier personne et surtout, sans taper gratuitement sur les uns et les autres ?! Et au lieu de placer son récit dans un film dans le film cette fois elle choisit l'"opéra dans le film", un art assez rare dans le genre et dont on apprécie d'autant plus le choix comme mise en abyme. Dès les premières minutes on est plongé dans les coulisses d'un opéra, dans la mise en place, l'organisation, la mise en scène et la production qui n'oublie pas les stars de l'oeuvre mais qui n'oublie pas non plus les artistes de l'ombre comme les régisseurs, accessoiristes ou maquilleurs... Les personnages sont tous magnifiquement croqués pour créer une communauté, un microcosme complètement représentatif de notre société sans être trop caricatural, et donc un panel qui représente aussi toutes les sensibilités, les opinions forcément divergentes qui vont exploser et se confronter bien malgré eux et mettre en péril la représentation de leur version de l'opéra "Les Noces de Figaro" qui, déjà, est un choix pertinent, où comment une oeuvre visionnaire sur la vision du patriarcat peut être vu en 2026 comme pas assez féministe dixit Cora/Chérubin/Haïdara.
/image%2F0935117%2F20260530%2Fob_dc3bad_objet-du-delit5.jpg)
Dès le départ on remarque le bel équilibre entre les gags de situations et les dialogues ciselés, on s'amuse des réactions plus ou moins subtils, parfois en arrière-plan et souvent à peine perceptible, et on savoure les répliques parfois cinglantes et/ou très souvent au double sens et plus ou moins évocatrices. Surtout dans la première partie qui est un pur chef d'oeuvre d'écriture, de mise en scène et de direction d'acteurs. Le twist attendu et annoncé (l'accusation d'agression sexuelle) déclenche la crise mais le véritable tournant reste la réunion avec le "vote" imposé par une minorité ; une séquence qui marque car c'est l'unique passage où le sérieux s'impose, où il ne peut y avoir de fantaisie ce qui est dommage, c'est donc la seule scène un peu décevante car trop agressive par une seule minorité qui renvoie forcément à notre actualité politique et à la violence Lfiste. La force du film réside dans son équilibre, laissant la place à toutes les voix et toutes les opinions où on remarque surtout comme chacun et chacune a une perception bien différente des choses, dont celle qui frappe le plus les esprits, les féministes 2.0 qui accusent avec hystérie en partant du principe qu'elles ont raison, les autres torts, et que dans ce cas la présomption d'innocence ne vaut pas. On note encore les façons de couper la parole mine de rien, de remettre à sa place avec autant de violence que celle qu'on dénonce, rappelant que les mots sont des armes redoutables... etc... Dans le même temps, Agnès Jaoui pointe du doigt les lâches qui n'osent pas s'affirmer, préfèrent s'effacer pour ne pas à choisir un camps ou un autre, par peur du quand dira-t-on, ou simplement parce que c'est de toute façon plus facile. La cinéaste n'oublie pas quelques piques contre le racisme ordinaire mais aussi dans le même temps contre les victimisations systémiques. Rarement on aura vu un film aussi impartial et lucide sur ces sujets, d'autant plus remarquable que Agnès Jaoui est une féministe de gauche mais qui a su percevoir les nuances du féminisme, qui a autant de variantes qu'un groupe politique, et donc autant de soucis de cohérence dans ses combats légitimes, qui dénonce les violences et/ou les maladresses des hommes sans pour autant taper sur toute la virilité ou tout le machisme inhérent à la gent masculine. Un film plein d'acuité, juste et pertinent, mais aussi drôle, tendre avec une légère pointe d'espoir avec ne prime, ne l'oublions pas, une magnifique partie opéra... Un grand film à conseiller et à voir.
Note :
![]()
![]()
![]()
![]()
/file%2F0935117%2F20241022%2Fob_cfab59_bf982c02ee39e172a259a3face755554.webp)