The Bride ! (2026) de Maggie Gyllenhaal

par Selenie  -  5 Mars 2026, 08:26  -  #Critiques de films

Un projet comme un serpent de mer, puisque si le roman "Frankenstein ou le Prométhée Modern" (1818) de Mary Shelley a connu de nombreuses adaptations au cinéma, la femme de la créature est déjà un sujet plus rare, et on pense forcément au classique des classiques "La Fiancée de Frankenstein" (1935) de James Whale. L'idée d'un remake est vite venue chez Universal alors en pleine restructuration pour relancer la collection des Universal Monsters et qui va quasiment être un projet mort né avec l'échec du film "La Momie" (2017) de Alex Kurtzman. Pourtant le projet est bien lancé avec un scénario écrit par le célèbre scénariste David Koepp et le réalisateur Bill Condon, et de nombreuses stars sont citées dont un alléchant couple Javier Bardem et Angelina Jolie. Finalement, en 2022 David Koepp annonce se retirer du projet malgré sa confiance pour sa version originale où on apprend que l'histoire débutait en 1870 avant un réveil des créatures de nos jours. En 2023 la plateforme Netflix relance l'idée avec Maggie Gyllenhaal à la réalisation. Surtout connue comme actrice vue dans "Donnie Darko" (2001) de Richard Kelly, "The Dark Knight" (2008) de Christopher Nolan ou "Crazy Heart" (2009) de Scott Cooper elle a déjà réalisé un premier long avec "The Lost Daughter" (2021). Malheureusement (ou pas !) Netflix quitte le navire lui préférant la superproduction "Frankenstein" (2025) de Guillermo Del Toro. Le financement s'avère soudain plus difficile, mais le projet devient un film d'auteur qui ne perd pas son ambition avec une production avant tout assumé par Maggie Gyllenhaal elle-même, productrice-réalisatrice-scénariste elle réussit à produire son projet pour tout de même 80 millions de dollars (contre 120 pour le Del Toro). Parmi son équipe, citons le compositeur Hildur Guonadottir qui a signé les B.O. du dyptique "Joker" (2019-2024) de Todd Phillips et du récent "28 Ans Plus Tard : le Temple des Morts" (2026) de Nia Da Costa, puis surtout Sandy Powell Chef costumière déjà très remarquée pour son travail entre autre sur les films "Entretien avec un Vampire" (1994) de Neil Jordan, "Gangs of New-York" (2002) de Martin Scorcese, "Carol" (2015) de Todd Haynes ou "La Favorite" (2018) de Yorgos Lanthimos... Dans les années 30, Frank, créature auparavant créée par Frankenstein, se rend à Chicago et se rend chez le Dr. Euphronious, une scientifique visionnaire, et lui demande de lui créer une compagne. Ensemble ils ressuscitent une jeune femme assassinée, et devient la fiancée de Frank. Le couple devient un véritable couple épris d'un amour passionnel et ils deviennent aussi un couple de hors-la-loi qui va devenir la cible de l'inspecteur Jake Wiles... 

La créature Frank est interprétée par Christian Bale, qui a joué avec sa réalisatrice dans "The Dark Knight" (2008), et vu dernièrement dans "Thor : Love and Thunder" (2022) de Taika Waititi, "Amsterdam" (2022) de David O. Russell et "The Pale Blue Eye" (2023) de Scott Cooper, tandis que sa fiancée est incarnée par Jessie Buckley révélation de "Wild Rose" (2018) de Tom Harper, vue récemment dans "Scandaleusement Votre" (2024) de Thea Sharrock et surtout auréolé du récent "Hamnet" (2025) de Chloe Zhao, puis retrouve sa réalisatrice après "The Lost Daughter" (2021) à l'instar de son partenaire Peter Skarsgaard qui n'est autre que l'époux de la cinéaste à la ville vu dans "The Batman" (2022) de Matt Reeves, "Memory" (2023) de Michel Franco et "September 5" (2024) de Tim Fehlbaum. Citons ensuite Annette Bening vue dans "Mort sur le Nil" (2022) de et avec Kenneth Branagh ou "Poolman" (2023) de et avec Chris Pine, Jake Gyllenhaal, frère de la réalisatrice, vu dernièrement dans "Ambulance" (2022) de Michael Bay ou "Road House" (2024) de Doug Liman, Penelope Cruz vue dans "L'Immensità" (2022) de Emanuele Crialese, "A Contretemps" (2022) de Juan Diego Botto et "Ferrari" (2023) de Michael Mann, John Magaro vu récemment dans "Materialist" (2025) de Celine Song, "Au Rythme de Vera" (2025) de Ido Fluk ou "The Mastermind" (2026) de Kelly Reichardt, Jeannie Berlin apparue dans "Inherent Vice" (2014) de Paul Thomas Anderson, "Café Society" (2016) de Woody Allen ou "The Fabelmans" (2022) de Steven Spielberg, Linda Emond aperçue dans "Pollock" (2000) de et avec Ed Harris, "L'Affaire Josey Aimes" (2006) de Niki Caro ou "Song to Song" (2017) de Terrence Malick, Louis Cancelmi aperçu dans "The Irishman" (2019) et "Killers of the Flower Moon" (2023) de Martin Scorcese, puis Zlatko Buric remarqué dans la trilogie "Pusher" (1996-2005) de Nicolas Winding Refn puis vu notamment dans "Sans Filtre" (2022) de Ruben Östlund ou "Superman" (2025) de James Gunn... Le prologue en scène pré-générique annonce la couleur, une certaine folie, une effervescence électrique mais aussi un mélange des genres assumés d'abord et avant tout en situant l'histoire au début des années 30 ce qui n'est pas anodin ; d'abord il fait référence à l'époque du film originel "La Fiancée de Frankenstein" (1935) qui rappelons n'est pas tiré d'une oeuvre de Mary Shelley, et les années 30 ce sont surtout les années fastes de la mafia américaine et des gangsters que le cinéma a popularisé simultanément, et enfin, outre le film de 1935 la réalisatrice-scénariste raccroche tout de même son récit au roman original avec un monstre qui aurait survécu plus de cent ans ce qui n'est pas invraisemblable puisqu'il est logiquement déjà mort et que, rappelons-le aussi, il survit à la fin du roman "disparaissant dans la brume sur la banquise"... Les années 30 permettent ainsi à l'histoire de mêler film de gansgters/mafieux, en renvoyant aussi aux célèbres couples tueurs dont le plus connu reste ceux contés entre autre dans "Bonnie and Clyde" (1967) de Arthur Penn, mais la cinéaste n'oublie pas non plus de reprendre l'entame narrative du roman à savoir le récit raconté par Mary Shelley elle-même avec néanmoins un petit bémol... ATTENTION SPOILERS !... le roman est avant tout un récit raconté oralement par l'autrice elle-même, mais ici Mary Shelley semble hanté la Fiancée comme revenue d'outre-tombe, sans savoir pourquoi ou comment, puis pourquoi faire de Mary Shelley une femme plus ou moins démente ?! On peut penser qu'il s'agit des conséquences de son cancer du cerveau ?! On ne saura jamais rien à ce sujet ce qui reste légèrement frustrant... FIN SPOILERS !... 

Un récit donc modernisé, qui reste logique dans la survie du monstre qui a appris forcément le long des années, qui a pu déjà avoir une fiancée bien avant (le film de 35) mais qui souhaite réessayer car la solitude continue de le ronger et qu'enfin une nouvelle savante semble pouvoir l'aider, et arrivée aux années 30 le contexte social, économique ou criminel change forcément les causes et conséquences  des agissements du monstre, puis logiquement de la Fiancée qui paraît comme un pendant féminin et funeste du "Joker" (2019) de Todd Phillips avec un clin d'oeil sympa à "Cruella" (2021) de Craig Gillepsie. L'autre belle idée reste la logorrhée atypique et singulière de la Fiancée qui peut s'expliquer comme un trouble post-traumatique, vis à vis de son passé "vivant" comme de son retour à la vie. Il y a bien quelques passages maladroits, un peu bêtement comme fuir à pied alors qu'il y a une voiture mais le mythe ainsi revisité est assez dingue et explosif pour passer outre ces petits détails. Le monstre/Bale a gagné en humanité (logique comme on a dit après des décennies d'apprentissages) mais reste faillible, mais c'est belle et bien la Fiancée qui est l'héroïne tragique de son histoire magnifique incarnée par une Jessie Buckley incroyable et démente ! Le film ose aussi quelques passages quasi inédits... ATTENTION SPOILERS !... le plus marquant reste les quelques rares passages de sexe entre le monstre et sa fiancée, ce qui a dû choquer sans aucun doute le puritanisme américain et qui a coûté le classement R, interdit au moins de 17 ans... FIN SPOILERS !... On peut trouver que la partie polar puisse être superflue avec le policier/Skarsgard, mais le duo avec l'autre policier/Cruz fonctionne très bien et le scénario reste bien écrit, rythmé et dans une logique de fable moderne réaliste parfaitement maîtrisée avec ses élans surréalistes bien pensés et intégrés (comédie musicale, folie post-résurrection... etc...) sans oublier pour autant la dimension féministe (dénonciation de la femme objet, des hommes manipulateurs). En conclusion Maggie Gyllenhaal revisite le mythe et la légende de façon aussi originale que cohérente, dans une histoire aussi savoureuse et qu'électrisante à voir à revoir (en VF, puis en VO !) et à conseiller.

 

Note :                 

16/20
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